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  • : Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
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Notre Cité

8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 18:42

Ciel couvert au réveil sur la vallée du Gapeau...

Comme prévu, et malgré un temps couvert et quelques gouttes de pluie qui avaient tenté de nous dissuader, nous avons maintenu notre promenade vers l'oppidum du Castellas, à Solliès Toucas. "Nous", ce sont : mes parents, mon frère "Phy", un couple d'amis, Cathy et "Dgé", et moi, votre narrateur. "Dgé", notre guide organisateur du jour, a préparé cette randonnée en venant il y a quelque temps débroussailler et couper les arbres morts tombés en travers du chemin. Départ à 10h30 pour la chapelle Ste Christine, où nous laissons les voitures pour prendre le sentier montant à l'oppidum. Une ancienne carrière, puis le sentier s'enfonce dans le paradis vert...

Le départ de la promenade, au pied de la chapelle Ste Christine...

Par l'étroit sentier, nous nous enfonçons dans la garrigue...

En ce printemps, la garrigue est splendide. Nous cheminons parmi les romarins odorants, les cistes aux belles fleurs blanches ou violettes, les chênes kermès et les asparagus (dommage, la saison des asperges sauvages est passée ! ), au pied des grands pins auxquels pendent de grandes lianes de salsepareille hérissées de piquants qui leur donnent une allure à la fois fantômatique et de jungle étrange ; mais aussi des chênes, survivants du massacre effectué durant des siècles pour les besoins de la marine royale, comme nous en reparlerons un jour. Quelques arbousiers, des genévriers dont les fruits commencent à mûrir, mais aussi des plantes moins communes plusieurs variétés de fougères, des petites immortelles sauvages de Provence, et surtout quelques beaux spécimens d'orchidées du Var, devenues rares et qui sont protégées. Les genêts sont en fleurs, leur parfum suave se répand délicieusement dans l'air. Tour à tour des odeurs subtiles qui se mêlent, ces odeurs de la garrigue, puissantes ou timides, le thym, le romarin, la sariette... Tout est encore vert, luxuriant, avant le grand sec de l'été. "Dgé" me montre la cousteline*, qui fait partie des nombreuses plantes de la colline qui se consomment ; le pays est rude, mais généreux pour celui qui le connaît et sait être patient et attentif. Il est en cela comme les Provençaux, qui tirent leur caractère de ce lien à leur terre...

Une pinède aux allures fantômatiques...

Cistes et genêts parsèment la garrigue de tâches colorées...

Une fragile orchidée du Var...

Partout, sous la végétation, apparaissent des restanques** qui rappellent qu'autrefois toute cette zone était cultivée par les agriculteurs des villages voisins. Des ruines de casals*** font penser à cette vie rude que l'on menait alors, les efforts qu'il fallait fournir pour arracher à cette terre toute aussi rude la subsistance des populations. Cà et là, de vieux oliviers, des lauriers, des amandiers, des figuiers, retournés à l'état sauvage, témoignent de ces cultures dites "sèches". Ici, les vestiges d'un jas****, de l'époque où les troupeaux de moutons parcouraient nos collines et se régalaient de plantes savoureuses, au lieu de grandir dans des hangars sordides... Une petite source, dans laquelle un sanglier est venu creuser pour boire ou se rouler dans la boue.

Ces restanques envahies par la végétation, témoins du dur labeur des paysans d'autrefois...

Plan d'ensemble de l'oppidum du Castellas.

Et enfin apparaissent les premiers éboulis de pierres calcaires qui signalent que nous arrivons au pied du rempart de l'oppidum. Nous pénétrons dans la vieille forteresse par l'une des tours située au nord. Ou plutôt, nous cheminons sur le rempart, car la végétation est dense à l'intérieur dans cette zone.. Le rempart est constitué de deux parements soigneusement appareillés en pierres sèches, d'une qualité pratiquement comparable à celui de l'oppidum d'Entremont, près d'Aix ; l'espace compris entre les deux parements était ensuite rempli de blocs de calcaire fossilier de toutes tailles. Ce rempart extérieur a une largeur d'environ 5m ; il était renforcé du côté est par des tours visiblement semi-circulaires, très endommagées. A en juger par la portion conservée et les zones d'éboulis, il devait avoir une belle hauteur. Partout, la vue sur les environs est magnifique ; au cours de la journée, nous apercevrons ainsi le pilon St Clément, la double chapelle Ste Christine, la plaine de Solliès-Pont, les hauteurs de Solliès-Ville et le sommet du Coudon, la trouée de la vallée du Gapeau et Solliès-Toucas... Nous parcourons ainsi toute la longueur du rempart oriental, jusquà l'entrée sud-est de l'oppidum, où nous ferons la halte pique-nique ; cette entrée, comme dans de nombreux oppida de la région, est aménagée en chicane, de façon à renforcer la défense de ce point fragile de l'enceinte ; elle était flanquée de deux tours. Les pierres du rempart contiennent pour beaucoup d'entre elles de splendides fossiles marins, il ne faut pas oublier que toute la région était aux époques géologiques une mer tropicale chaude peu profonde dont les fonds sédimentés sont devenus nos collines et montagnes au moment de la formation des Alpes ; beaucoup de bivalves (huîtres énormes, sortes coquilles st Jacques), ainsi que d'innombrables coquilles de petits encornets, des vers marins et quelques ammonites.

Le parement du rempart oriental, au détour du chemin...

L'imposant rempart que le temps n'a pas réussi à totalement démanteler...

Quelques fossiles glanés : huître, Chlamys et Bélemnites, toutes contemporaines des dinosaures.

Après le déjeuner, nous suivons un moment le rempart sud, mais devons rebrousser chemin devant la végétation dense qui occupe une portion où le rempart disparaît. Parvenus à la troisième tour est, mon frère et moi décidons de suivre un mur de défense intérieur d'orientation est-ouest, tandis que les autres reprennent le rempart extérieur pour gagner la portion occidentale ; ce type de mur interne, fréquent lui aussi dans les oppida de la région, a environ 1,50m de large ; en général, ces murs séparaient des quartiers (ville haute et ville basse par exemple) ou correspondent à des agrandissements successifs de l'enceinte, difficile de trancher ici à défaut d'avoir consulté une documentation fiable. Souvent, les maisons indigènes prenaient appui sur ces murs internes ou sur le rempart extérieur. Nous progressons à travers la végétation, puis suivons une petite draille***** qui longe ce mur intérieur. Nous suivons ensuite une autre portion de mur qui remonte du sud au nord et aboutissons à des restanques d'époque moderne. Les sangliers ont retourné la terre à la recherche de racines, je sais qu'on peut ainsi trouver des vestiges ramenés à la surface ; en quelques minutes, nous trouvons ainsi plusieurs fragments de céramique provençale caratéristique du XVIIe s., avec une glaçure marbrée ou verte. A peu de distance, une vaste cabane aménagée sans doute à l'époque moderne, qui devait servir au paysan qui avait établi les restanques et explique la présence de céramiques modernes ; elle est contruite en pierres sèches d'un bel agencement, contre l'un des murs intérieurs de l'oppidum ; dans les murs sont ménagées des niches carrées à usage utilitaire, et partout des fragments de tuiles anciennes, antérieures à la production industrielle.

L'étroit rempart intérieur...

La cabane moderne avec ses murs de pierre sèche...

Tessons de céramiques provençales trouvées en surface : merci les sangliers !

Nous retrouvons nos autres compagnons de promenade, et reprenons le mur pour rejoindre la zone nord-ouest, où des fouilles ont été pratiquées par des professionnels et ont dégagé un superbe ensemble de trois cabanes celto-ligures de belle qualité. J'en parlerai plus en détails dans un article spécifique sur les oppida de la région, mais on peut dire ceci : le sol rocheux était arasé de façon à former le sol de la maison, constituée d'une pièce unique, mais assez vaste ; la base des murs était constituée de deux rangées de dalles de pierre dressées entre lesquelles ont plaçait un remplissage de terre et de petites pierres ; au-dessus prenaient place des structures en matériaux périssables (poteaux soutenant une structure en bois et torchis, très souvent pour les murs) et la toiture était faite de bois et de branchages. C'est un des plus beau ensembles indigènes que j'ai pu voir.

Une des habitations celto-ligures, avec son sol taillé dans la pierre...

Vient ensuite le temps de redescendre, nous sommes surpris par une brusque averse alors que nous sommes aux 3/4 du chemin et arrivons aux voitures trempés mais heureux de cette excellente journée. Une très belle promenade, un moment vraiment agréable. "Avèn un bèu païs"... Nous avons un beau pays !

 

 

Un mot sur l'histoire de cet oppidum, sur laquelle je reviendrai dans un article spécifique complémentaire. Nous sommes dans le sud de la France, le pays n'était pas peuplé de Gaulois mais de Ligures ; après l'arrivée de quelques envahisseurs celtes descendus par la vallée du Rhône, ils formèrent une population qu'on appelle les Celto-Ligures. Les Celto-Ligures de la région s'appelaient les Camatulici et appartenaient à la vaste confédération des Salyens (Salluvii), dont la "capitale" était l'oppidum d'Entremont, sur les hauteurs d'Aix en Provence. L'oppidum du Castellas, à Solliès Toucas, serait apparu au début du Ve s. av . notre ère, peut-être même dès la fin du VIe s. , c'est-à-dire qu'il est contemporain de l'oppidum de la Courtine à Ollioules, dont il faudra aussi que je vous parle, qui appartenait à la même tribu. Il connaît une grande extension au IIe s. av. notre ère, c'est-à-dire à la veille de la conquête romaine. Il contrôlait l'axe de circulation de la plaine de Solliès et celui de la vallée du Gapeau.

 

 

Petit lexique des termes provençaux :

* Cousteline : terme provençal désignant une salade amère (nom latin Picridium vulgare).

**Restanques : mot provençal désignant les terrasses de culture aménagées sur les pentes des collines et retenues par des murs en pierre sèche.

*** Casal : terme provençal désignant soit un un petit bâtiment, soit une petite ruine.

**** Jas : terme provençal désignant un enclos de pierre pour les moutons, bergerie.

***** Draille : terme provençal signifiant chemin, sentier.

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Published by Ankh-Neferkheperourê - dans Beit Prouvènço-La Provence
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commentaires

LEYDIER 01/07/2017 15:05

Bonjour,
Je suis moi aussi passionnée et charmée par ces coins chargés d'histoire... Merci pour la précisions de ces commentaires.
Je prévois d'y aller demain. Sauriez-vous si l'accès est possible aussi depuis Solliès-Toucas par la corniche du Castellas qui me paraît plus court pour y aller avec des enfants ?
En vous remerciant,
Nathalie LEYDIER

Nadine Barret 10/05/2006 23:13

Salut Nefred,
J'ai lu avec un très grand intérêt ce reportage sur ta balade à l'oppidum. La quatrième photo m'a tout de suite étonnée, j'avais l'impression qu'elle avait été prise dans la jungle ! Je trouve que la nature est parfois impressionnante dans sa façon d'évoluer. Je ne connais pas la vallée du Gapeau, mais nous avons nous aussi par exemple à Ampus et à Taradeau des oppidums où je suis allée. J'adore découvrir la vie passée, généalogie oblige...
Bonne continuation.
Grosses bises, Nadine

Ankh-Neferkheperourê 12/05/2006 13:35

Coucou, Nadine !
Content que l'article t'ai plu. C'est vrai qu'il y a de nombreux oppida dans le Var, je crois que nous sommes un des départements où il y en a le plus.
C'est vrai que la photo des pins envahis par les lianes est étonnante tant elle tranche sur ce que nous avons l'habitude de voir chez nous. Ca donne une atmosphère très étrange. La vallée du Gapeau est très humide, ce qui explique les particularités de la végétation.
Grosses bises
Nefred

Françoise VITARD 10/05/2006 13:49

Merci pour cette belle excursion que mes jambes n'auraient pu faire;
Bizzz

Ankh-Neferkheperourê 10/05/2006 21:23

Bonsoir !
C'est sincèrement un plaisir de partager de tels moments.
Bizzz
Nefred

@nne marie 09/05/2006 10:05

Comme tu dis: nous avons un beau pays ! !  Bizz @nne marie

Ankh-Neferkheperourê 09/05/2006 11:35

N'est-ce pas ? Et toi aussi tu vis dans un beau pays !
Bizzz
Nefred