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  • : Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 21:56

Voici un poème provençal du XVIIe siècle, époque à laquelle on trouve les dernières oeuvres écrites en provençal avant longtemps. Il est dû à un certain Pierre Chabert, notable de La Valette, à l'est  de Toulon ; nous reviendrons dans la rubrique concernant les conseils de lecture sur le livre dont ce poème est extrait. La langue, en dialecte maritime, surprendra une fois de plus ceux qui connaissent le provençal ; on y note des archaïsmes, ainsi que ce que les Provençaux appellent "francihoutismes", qui montrent l'influence croissante de la langue française. Mais l'ensemble reste savoureux, et nous montre l'idéal d'un bourgeois provençal de l'époque...qui, à part quelques traits propres à la culture de cette époque, n'est pas au fond si éloigné des nôtres, quatre siècles plus tard !

" La vido heürouso, per Chabert

ami, ti vau rendre savant Ami, je vais t'informer
de ce que fa vioure countent 1 ; De ce qui fait vivre content :

estre en santa, L'esprit tranquille 2,

Etre en bonne santé, l'esprit tranquille,

assas de ben, ren d'inutile,

Assez de biens, rien d'inutile,

ges de Catin, ges de proucés 3 ,

Pas de catin, pas de procès,
dins leis plesirs fuge L'excés 4, Dans les plaisirs fuir l'excès,
Contro dugun n'ave rancuno, Contre personne n'avoir de rancune,
estre Countent de sa fourtuno 5 ; Etre content de sa fortune.
uno fremo que v'ame ben Une femme qui vous aime bien
et que cride pas per un Ren, Et qui ne crie pas pour un rien,
un bouan ami si l'on lou trobo, Un bon ami, si on le trouve,
Car heürous que paû dire probo ; Car heureux celui qui peut dire "je le prouve".
estre ben vengut en tout luéc, Etre le bienvenu en tout lieu,
din l'hyvert toujour bouan fuéc, En hiver avoir toujours bon feu,
et l'estiou cauquo-alleo soumbro 6 Et l'été quelque allée sombre
per gousta la frescour de L'oumbro ; Pour goûter la fraîcheur de l'ombre ;
estre coumoudamen Lougea, Etre commodément logé,
un ourdinari ben regla, Un ordinaire bien réglé,
de libres, un bouan doumestiquo, Des livres, un bon domestique,
un pichot councert de musiquo,

Un petit concert de musique,

dourmi la nuech proufoundamen, Dormir la nuit profondément,
et sarvi Diou fidelamen  7 ; Et servir Dieu fidèlement.
puis quand la moüart d'un pas alegre Puis quand la mort d'un pas allègre
vendra n'en dire de la segre, Viendra nous dire de la suivre,
Lüen d'apella d'aquel arret 8 Loin de faire appel de cet arrêt,

parti senso ges de regret. "

Partir sans aucun regret. "
 

 

 1 - La rime entre "savant" et "countent" montre que déjà le français a altéré le provençal (qui normalement prononcerait  "-in" le "-en" ).

2 - Francisation.

3 - Les Provençaux d'autrefois, selon la tradition latine, étaient très procéduriers et faisaient appel à la loi en toute occasion, que ce soient les communautés ou les particuliers.

4 - Allusion au libertinage en vogue à l'époque de Louis XIII et durant la jeunesse de Louis XIV ; le poème a été écrit sous le règne personnel de ce dernier, qui marque un retour à une certaine rigueur dans les moeurs, au moins en apparence...

5 - Le terme "fourtuno" a comme en français le double sens de "destin, chance" et de "richesse".

6 - Expression qui fait référence aux allées couvertes de verdure qui ornent à l'époque les jardins des bastides provençales.

7 - Au lendemain des guerres de religion, les Provençaux marquent toujours leur attachement à la religion, en grande majorité catholique dans cette région. D'où cette remarque de Chabert, non dénuée cependant d'humour ; il entend par là qu'il faut sauver en tout cas les apparences. L'humour est, selon une tradition poétique provençale, sous-entendu par la confrontation de deux éléments : ici, le sommeil lourd du vers précédent et la dévotion...

8 - Chabert use du jeu de mots sur  "l'arrêt de mort".

 

 

 

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