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  • : Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
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15 août 2006 2 15 /08 /août /2006 11:03

Le 15 août est pour les catholiques la fête de l'Assomption de la Vierge, et pour les orthodoxes celle de sa Dormition. L'occasion pour nous d'évoquer ce culte aux origines contestées qui ne s'imposa pas tout de suite dans le christianisme et dans lequel on retrouve bien des aspects de cultes antérieurs.

 Philippe de Champaigne, L'Assomption de la Vierge

(huile sur toile, env. 1630-1640, musée du Louvre, Paris).

Qui est Marie ? Les 4 Evangiles reconnus comme authentiques par le christianisme ne lui accordent pas tous la même importance. C'est celui de Luc qui en parle le plus, évoquant l'Annonciation et la naissance miraculeuse de Jean-Baptiste et Jésus, et l'associant à l'enfance du Christ. Celui de Marc ne la mentionne que très peu, tandis que celui de Jean l'associe simplement aux noces de Cana et à la Crucifixion. Enfin, celui de Matthieu lui donne un rôle secondaire, se contentant de préciser qu'elle est fécondée par l'Esprit-Saint. En réalité, l'essentiel des éléments du culte de la Vierge viennent d'écrits apocryphes (c'est-à-dire non reconnus comme authentiques), en particulier du Protévangile-de-Jacques , attribué au frère de Jésus.

 

Le culte de la Vierge mit beaucoup de temps à se développer dans le christianisme, se heurtant à l'hostilité d'une partie du clergé. Le concile d'Ephèse, en 431, la reconnaît comme "Theotokos", "celle qui a mis Dieu au monde", lui conférant ainsi une place particulière. L'Assomption s'impose dès le VIIe s. Mais c'est durant le Moyen Age que peu à peu le culte de la Vierge va prendre de l'importance. Dans le catholicisme se développe un véritable culte marial, alors que chez les orthodoxes elle est toujours envisagée en relation avec le Christ.

 Anonyme, La Dormition de la Vierge

(ivoire, fin Xe s., Constantinople, Metropolitan Museum, New York)

Ce qui nous intéressera plus particulièrement ici, ce sont les survivances de cultes anciens qui ont trouvé refuge derrière celui de la Vierge. Il y a d'abord les cultes antiques gréco-romains ; comme la Vierge est fécondée de façon miraculeuse par l'Esprit-Saint, de nombreuses mortelles passaient pour avoir été fécondées par des dieux antiques. D'autre part, le culte d'une déesse vierge remonte à l'Antiquité grecque : Artémis, déesse lunaire, est une vierge ; troublant, puisque selon la tradition, la mort de la Vierge, ou son Assomption, se place à Ephèse, l'un des plus importants lieux de culte d'Artémis. D'ailleurs, l'iconographie de la Vierge reprend des traits de la déesse grecque : par exemple quand on la voit debout sur un croissant de lune. Enfin, il y a chez l'Artémis d'Ephèse la même ambiguité que chez la Vierge : elle est éternellement vierge, mais apparaît aussi sous un aspect de déesse de la fécondité (sous l'influence de déesses mères orientales).

Artemis associée à la Lune (faisant pendant à Apollon associé au Soleil)

(bas-relief sur calcaire, détail, début du IIIe s. , Dueir près de Tyr au Liban, musée du Louvre, Paris)

Artemis d'Ephèse : cette déesse syncrétise l'Artemis grecque et les déesses mères orientales, en particulier Cybèle.

(marbre blanc, Ier s., musée d'Ephèse, Turquie)

Au-delà des cultes proprement gréco-romains, il y a aussi la question des cultes orientaux importés à Rome et qui eurent un grand succès dans le monde romain de l'époque impériale. La première fut Cybèle, la "Magna Mater", ou Grande Mère, dont le culte se célébrait dans le palais impérial même et à laquelle étaient attachés nombre de Romains ayant séjourné en Orient. Mais surtout, il y a la déesse égyptienne Isis, dont le culte se répandit dans tout l'Empire à l'époque impériale ; c'est Isis en tant que mère d'Harpocrate (version grecque d'Horus) qui a le plus marqué l'image naissante de la Vierge, à tel point que pour les périodes les plus anciennes on a parfois du mal à savoir si une représentation est celle d'Isis ou de la Vierge. Ces cultes étaient en concurrence avec le christianisme naissant. Rien de surprenant, dès lors, à ce que le christianisme ait assimilé des éléments non chrétiens pour convaincre les fidèles, ou que les fidèles aient continué à honorer leurs anciennes divinités à travers des images chrétiennes.

 

Cybèle assise sur un trône : Cybèle assis sur son trône fut un des modèles pour la Vierge en majesté, elle aussi assise sur un trône. 

(terre cuite grecque, fin VIe s. av. notre ère, musée du Louvre, Paris)

Isis allaitant Harpocrate : elle sera indiscutablement le prototype de l'iconographie de la Vierge à l'Enfant ; cette déesse antique, très populaire dans tout l'empire romain,  fut celle dont le culte survécut le plus longtemps au christianisme.

(faïence, époque ptolémaïque, Metropolitan Museum, New York)

Cimabue, Vierge à l'Enfant en majesté : elle reprend l'iconographie des déesses antiques Cybèle et Isis.

(détail, huile sur bois, 1280, musée du Louvre, Paris)

Dans l'Europe pré-romaine et en Orient, depuis le Néolithique, existaient des cultes très vivaces aux déesses mères, à la fois symboles de fécondité et protectrices. Là encore, le culte de la Vierge est venu se superposer aux cultes plus anciens, d'abord avec l'hostilité de l'Eglise, puis avec son consentement. Le lien entre la Vierge et certaines grottes ou certains cours d'eau ou sources renvoie à ces origines.

Déesse-mère néolithique : remarquer qu'elle trône déjà, comme plus tard Cybèle.

(terre cuite, Catal Hüyük, VIe millénaire av. notre ère)

Au fil des siècles, le culte de la Vierge va se diversifier et devenir de plus en plus complexe. Les croyances populaires vont y trouver un refuge pour des pratiques ancestrales. On va honorer la Vierge sous différents aspects, qui en font peu à peu une interlocutrice privilégiée en dépit du silence des Ecritures à son sujet. Elle ouvre aussi plus que tout autre la porte à un culte personnel, privé, à une relation directe avec le fidèle. Elle va se faire protectrice, comme autrefois les déesses mères des cités anciennes. Pour les cultures méditerranéennes, où l'élément matriarcal est important, elle va culminer dans la piété baroque, malgré l'agitation des guerres de religion. Rien d'étonnant, de ce fait, à ce que son culte soit si présent et fervent en Espagne, en Provence, en Italie...

Au-delà du strict christianisme, la figure de la Vierge Marie est donc une survivance du culte très ancien de la déesse mère, du culte féminin des origines. La triade chrétienne, la Trinité, composée du Père, du Fils et du Saint-Esprit, était une triade à laquelle il manquait l'élément féminin, ce qui porte à réfléchir... Le culte de la Vierge est venu combler ce vide.

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commentaires

VITARD Fran篩se 23/05/2007 22:39

Cher Nefred,je me dépêche de saisir les articles intéressants que tu as mis sur ton blog.J'en avais pris beaucoup, mais j'ai décidé de ratisser ton blog, quitte à laisser d'autres choses urgentes, pour après.Je ne peux m'empêcher de râler contre la CONNERIE humaine, qui te fait fermer ton blog. Je voulais que tu le saches!!.Quand je revois toutes les choses passionnantes que tu nous a envoyées, je suis oûtrée que tu en sois arrivé là!!.Garde mon mail, si tu as besoin de je ne sais quoi!!.Je t'embrasse bien fortFrançoise VITARD