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1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 15:35

Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un tableau que beaucoup d'entre vous doivent connaître et qui pose un certain nombre de problèmes historiques intéressants : la « Dame au Bain », de François Clouet (1571, National Gallery, Washington). Les historiens et historiens d'art ne s'accordent pas sur l'identité de la dame qui y est représentée : Diane de Poitiers pour certains, Gabrielle d'Estrées pour d'autres, ou encore Marie Touchet ou Marie Stuart.

François CLOUET, Dame au bain (1571, huile sur panneau, National Gallery, Washington)


Pour démêler le vrai du faux, nous allons avoir recours à une série de tableaux reprenant le même thème et qui, comme vous le verrez, permettent d'écarter définitivement certaines hypothèses. Une véritable enquête qui a commencé lors d'une discussion sur un forum d'histoire et qui m'a amené à faiure des recherches que je souhaitais partager avec vous.


D'abord, petit rappel sur ces dames :

Diane de Poitiers (1499-1566) est la favorite d'Henri II.

Marie Stuart (1542-1587) est l'épouse de François de Valois, qui devint roi éphémère sous le nom de François II.

Marie Touchet (1549-1638) est la favorite de Charles IX.

Gabrielle d'Estrées (1571 ou 1573-1599) est la favorite d'Henri IV.

Anonyme, Dame au bain (1er quart du XVIIe s., huile sur toile, musée Condé, Chantilly)

Le mystère commence avec cette seconde version anonyme du 1er quart du XVIIe s., conservée au musée Condé à Chantilly. Tous les éléments y sont repris, avec quelques variantes de détail : la dame au bain avec sa rose à la main et sa tablette devant elle avec une coupe de fruits, la nourrice allaitant un nouveau-né, l'arrière-plan avec la grande fenêtre, la cheminée et la servante préparant de l'eau chauffée dans la cheminée. Il est évident que l'artiste anonyme du tableau de Chantilly s'est directement inspiré de celui de Clouet. Ce second tableau est traditionnellement identifié comme représentant Gabrielle d'Estrées. S'agit-il de la même personne ? Comparons les deux dames : la première, celle de Clouet, est brune ; elle porte une coiffure caractéristique de l'époque des Valois, plus précisément du règne de Charles IX. La seconde, celle du XVIIe, est blonde et porte une coiffure plus moderne, plus proche de celle des dames de la fin de la Renaissance. De même, si on regarde attentivement, les deux visages sont très différents.

 

En fait, il ne peut absolument pas s'agir de Gabrielle d'Estrées dans le tableau de Clouet. Comme nous l'avons dit, il a été peint vers 1570-1571, ce qui est avéré. Or, Gabrielle d'Estrées naît entre 1571 et 1573 ! Elle ne deviendra la favorite d'Henri IV qu'en 1590 et ne lui donnera son premier enfant, César de Vendôme, qu'en 1594. Mais comment a donc pu intervenir cette confusion que l'on trouve encore souvent ?

Maître anonyme de la Seconde Ecole de Fontainebleau, Dames au bain  (vers 1594-595, huile sur toile, musée du Louvre, Paris)

Détail de l'arrière-plan.

Arrière-plan du tableau de François Clouet.

Le thème de la « Dame au Bain » a été repris pour toute une série de tableaux représentant Gabrielle d'Estrées. Ils vont nous permettre de comprendre comment la confusion est née. Le plus célèbre de la série est celui qui est conservé au Louvre : Gabrielle, à droite, y apparaît avec l'une de ses soeurs, la duchesse de Villars. Celle-ci lui pince le téton, indiquant qu'elle est enceinte ou qu'elle vient de donner naissance à un enfant ; à l'arrière, une dame de compagnie prépare les langes de l'enfant. Fait troublant, on retrouve dans ce tableau des éléments du tableau de Clouet : la grande tenture rouge, relevée exactement de la même façon ; à l'arrière-plan, la table couverte d'un tapis sombre, la cheminée ornée d'un tableau et le miroir au mur.

Anonyme, Dames au bain (vers 1594, Lyon).

Détail de la nourrice.

La nourrice du tableau de Clouet.

Poursuivons avec le second tableau de la série. Une variante intervient dans la tenture, qui est dotée d'une passementerie d'or et est plus relevée sur la droite ; elle conserve cependant les grandes lignes inspirées du tableau de Clouet. Mais surtout, on y voit apparaître, au second plan, la nourrice portant l'enfant qui est exactement celle de Clouet, mais inversée ; une inscription « Cesar duc de Vendosme », identifie l'enfant, et par là sa mère. A l'arrière-plan, on retrouve la servante préparant l'eau chaude et la cheminée, même si celle-ci a changé d'aspect.

La Gabrielle de Chantilly.

La Gabrielle du Louvre.

La Gabrielle de Lyon.

Enfin, comme nous l'avons déjà remarqué, le tableau anonyme de Chantilly reprend très méticuleusement celui de Clouet. A ce détail près que la dame d'origine a été remplacée par Gabrielle d'Estrées, que l'on reconnaît bien par comparaison avec les tableaux précédents. Voici donc une partie du mystère résolue : les peintres ont repris le modèle de François Clouet, d'abord dans un certain nombre de détails, puis totalement au début du XVIIe s. Et c'est de cette reprise qu'est née la confusion qui voudrait voir dans le tableau de Clouet un portrait de Gabrielle d'Estrées.


 

Reste l'identité de la dame du tableau de François Clouet ; trois dames restent en lice : Diane de Poitiers, Marie Stuart et Marie Touchet. Examinons la question de l'enfant : il y a deux enfants dans la scène, un nourrisson et un enfant plus âgé. C'est le nourrisson qui est important, mis en lumière ; l'autre enfant, qui plonge sa main dans la coup de fruits pour attrapper une grappe de raisin, a une fonction symbolique (l'amour, ou le plaisir, probablement, évoquant les amours royales de la dame).

Atelier de François Clouet, Diane de Poitiers (vers 1555, dessin sur papier, musée Condé, Chantilly)


Plusieurs éléments mettent en doute le fait que le tableau représente Diane de Poitiers. D'abord, la comparaison avec un dessin de l'atelier de François Clouet. Ensuite, le fait qu'en 1571, lorsque le tableau est peint, Diane est morte depuis 5 ans et a été frappée de disgrâce par Catherine de Médicis. Mais surtout, elle n'eut pas d'enfant avec Henri II ; elle n'eut que deux filles, issues de son premier mariage avec Louis de Brézé.

Ecole de Clouet, Marie Stuart (vers 1565, donc à peu près à la même époque que le tableau de la "Dame au bain" par Clouet).

Nicholas Hilliard, Marie Stuart (à l'époque de sa captivité) (1578).


Difficile aussi d'y reconnaître Marie Stuart, même si une ressemblance avec certains portraits est troublante. Après la mort de François II, Marie avait quitté la France en 1561. A partir de 1567-1568, elle est prisonnière en Angleterre. Tous les tableaux des années 1570 la représentent en tenue de veuve très austère. Elle ne donna pas d'enfant à François II, mais eut un fils en 1566 avec son second époux, lord Darnley ; serait-ce cet enfant, Jacques VI d'Ecosse, représenté sur le tableau ? Peu probable. Enfin, si le thème du tableau n'est guère dérangeant pour une favorite, il serait difficile à imaginer pour une reine.

François Quesnel, Marie Touchet (vers 1574, dessin sur papier, BNF, Paris).


 

L'hypothèse la plus vraisemblable reste celle de Marie Touchet. Marie a rencontré le roi Charles IX lors du grand voyage de la cour à travers la France en 1564-1565. Dès lors, elle ne quittera plus le roi jusqu'à la mort de celui-ci, en 1574. De leurs amours naîtront deux fils, un premier, sans doute celui représenté sur le tableau de Clouet, qui ne survivra pas ; un second, mais né en 1573, Charles de Valois. Pourquoi aurait-il été important de représenter Marie Touchet et son enfant ? Un élément historique peut nous fournir une clef : en 1571, le roi est encore vivant ; la reine, Elisabeth d'Autriche, n'a pas encore donné d'héritier au roi ; ce n'est qu'en 1573 qu'elle donnera naissance à une fille, pratiquement en même temps que Marie accouchait de son fils Charles... On demande à Marie de cacher sa grossesse pour éviter le scandale ; ce tableau est-il une sorte de revanche ? Certains affirment que le tableau aurait vu le jour sous l'influence des protestants, justement pour insister sur la naissance du bâtard royal. Peu convaincant, cependant...


 

Diane de Poitiers ou Marie Touchet ? Les historiens ne sont pas tous d'accord sur ce point. Vous verrez ce portrait tantôt attribué à l'une, tantôt à l'autre. Une choses est certaine, il ne peut s'agir de Gabrielle d'Estrées. Une copie du XVIe s. de ce tableau est conservée au musée des Arts Décoratifs de Paris, avec quelques variantes de détail ; s'il n'apporte pas d'élément nouveau, il montre que ce tableau a suffisamment marqué les esprits pour être rapidement copié.

Anonyme (copie d'après François Clouet), Dame au bain (XVIe s., huile sur toile, musée des Arts Décoratifs, Paris).


 

L'article est un peu long, j'espère que vous ne m'en voudrez pas. Mais il est intéressant, je crois, de voir comment l'art nous entraîne dans les méandres de l'histoire.

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commentaires

Indira AlexO² 02/10/2006 14:22

Namaste Nefredsuperbe article, je l'ai dévoré et lu plusieurs fois. Je connaissais aussi  les différents tableau présentés mais ne m'étais jamais posée la question.@ bientôtbises indiennes

Nefred 02/10/2006 14:47

Namaste, Indira !
Merci, heureux que l'article t'ai plu. Tu as vu, c'est étonnant de faire le rapprochement entre tous ces tableaux et de fouiller dans leur histoire. Un régal pour historien d'art !
Bises égypto-provençales
Nefred

:0059: @nne marie :0059: 02/10/2006 10:02

    Article passionnant ! !    bravo  ! !   Bisous de la terre des pharaons @nne marie

Nefred 02/10/2006 14:27

Allah yekhalliki ! C'est ce qui me passionne dans l'histoire de l'art, cette enquête qu'on mène à partir d'une oeuvre, je me régale... Content que tu y aies pris plaisir aussi.
Bisous de la terre des oliviers
Nefred