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  • : Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
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Notre Cité

29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 03:44

Depuis tout minot, j'employais des expressions que tout le monde emploie ici ; j'avais donc l'impression de parler comme tout le monde parle. C'est en montant à Paris que je me suis rendu compte, petit à petit, au regard de gòbi de mes interlocuteurs, que je parlais en fait la langue de chez moi dans bien des cas.


C'est pourquoi j'aimerais initier ceux qui ne sont pas d'ici à ces expressions souvent imagées avec humour ; pour les voisins, ce sera l'occasion de retrouver les mots d'ici qui font partie de notre identité ; et pour les cousins, ceux du Sud-Ouest, l'occasion de comparer les variations dialectales.


Notre parler de l'ouest varois fait partie de ce qu'on appelle le dialecte provençal maritime, qui couvre une grande partie de la Provence : Var, Bouches-du-Rhône, une partie du Vaucluse et une partie des Alpes-de-Haute-Provence. Mais à côté des grandes familles linguistiques, il y a eu de tout temps une langue parlée propre à chaque terroir, des expressions propres à une zone particulière. Et depuis que la Provence est devenue française, après 1480, le français, nouvelle langue dominante pas toujours librement consentie, s'est amalgamé au provençal dans la langue de tous les jours ; dans le même temps, le provençal venait enrichir le français de plusieurs centaines de mots, en particulier au XVIe s. , comme nous en reparlerons.


Bref, il y a un parler propre à la région toulonnaise et au sud-ouest du Var. Un parler qui connaît des variantes locales, mais est assez homogène. De par la proximité géographique de sa zone d'influence historique, ce parler est également teinté de dialecte marseillais. Voilà pour l'introduction, mais entrons dans le vif du sujet. Il faudra plusieurs articles, qui seront distillés de temps en temps. Commençons maintenant notre petit florilège - vous ne croyez pas non plus que je vais vous faire un dictionnaire, je ne suis pas fada à ce point !

 

Quelque chose qui date de l'an pèbre, c'est quelque chose de très vieux, voir même de dépassé. Pèbre signifie poivre en provençal.


Une tête d'àpi, c'est quelqu'un de têtu. L'àpi, ça n'a rien à voir avec la pomme, c'est le céleri en provençal ; le rapprochement vient sans doute de la forme du rave du céleri. Je vous avoue qu'on dit aussi tronche d'àpi... On dit aussi tronche d'ai (prononcer « a-i »), qui n'est pas l'ail mais l'âne. On parle aussi de tronche de quèque, mais c'est un peu plus difficile à expliquer, et plus péjoratif Ici, un quècou (à Marseille un càcou, d'où le nom de scène du regretté Elie...), c'est quelqu'un qui se la pète, comme on dit, un frimeur en quelque sorte ; ça vient du provençal caco, qui désigne la lie de l'huile d'olive, car au début le quècou, c'était plutôt un voyou, la lie de la société pour relier à l'image de l'huile; certains le rapprochent aussi de cacoi ou cacoua, qui désigne le dernier-né, le petit dernier étant souvent chouchouté donc mieux loti que ses aînés, etc. Arrête de faire le quècou, c'est arrête de faire le malin, de te la jouer...Ca peut être plutôt sympa ou plus péjoratif selon le contexte, difficile d'expliquer le dosage...


Celui-là, c'est une vraie arapède, c'est que c'est quelqu'un d'un peu trop collant. L'arapède, c'est un coquillage qu'on appelle en français patelle et qui est très difficile à détacher du rocher sur lequel il s'accroche, d'où l'expression. Ca peut être gentillet ou signifier un agacement sérieux, tout dépend du contexte. Pour beaucoup, le boucan, c'est du bruit ; mais ici, un boucan c'est aussi un boulet, un emmerdeur, pire encore qu'une arapède quoi ! Pour la petite histoire, le terme de boucan est d'origine provençale, justement, et entré en français sous le sens de bruit : à l'origine, pour les Provençaux, c'était un lieu de débauche, donc où on faisait du bruit, en particulier la nuit...

Bader vient du provençal bada, qui veut dire à la fois admirer et être ouvert, ouvrir la bouche. Tu bades, c'est regarder dans le vague, bouche bée, avec un air un peu idiot ; par contre, il / elle  te bade, c'est que l'on est admiré par quelqu'un, qu'il nous apprécie beaucoup, et très souvent aussi qu'on lui plaît ; là encore question de contexte et d'intonation.


, ce n'est pas le cri de la chèvre : diminutif de bèn (bien), c'est une interjection très utilisée dans des circonstances diverses, marquant différentes réactions, en fonction du contexte et de l'intonation. Par exemple si on dit : Hé bè ! d'une certaine façon, ça peut signifier un étonnement sincère ; par contre, avec une intonation plus ou moins forte sur , ça indique l'amusement, voir la moquerie... Souvenez-vous, on aime rire chez nous, mais pas méchamment.

Une bestiasse, ça peut être quelqu'un d'un peu bébête, mais aussi quelqu'un qui est franchement stupide et lourd. On l'emploie également pour désigner quelqu'un qui est très costaud, voir une brute : celui-là, c'est une bestiasse ! En provençal, -as / -asso est un suffixe qui augmente le sens du mot ; au contraire -oun / -ouno diminue le sens : c'est ainsi qu'une besti devient une bestiasso ou une bestiouno.


Vous connaissez tous la bisque de homard... Mais faire bisquer quelqu'un, vous connaissez ? C'est le faire râler, le faire enrager, le narguer ; le verbe provençal bisca est d'ailleurs entré en français au XVIIIe s, sous cette forme et est aussi employé dans d'autres régions. Est-ce à dire, pour revenir à la bisque, qu'on joue un mauvais tour au homard en le cuisinant ?


Se faire une bougnette, c'est se faire une tache, en mangeant par exemple ; une bougneto, en provençal, c'est un beignet, mais aussi une tache d'huile, le premier pouvant entraîner la seconde. Naturellement, la bougnette est petite ; pour une grosse tache, ce sera une bougnettasse ! Rien à voir avec faire une bugne ou bugner quelque chose (on trouve aussi beugner) : c'est y mettre, en général involontairement, un coup qui laisse une marque ou une bosse. Une femme qui rentre en disant à son mari qu'elle a bugné la voiture en se garant risque de voir monsieur très mécontent... Bon, c'est un exemple ! N'hurlez pas, mesdames ! En fait, je pense à ma mère un jour qu'elle avait bugné la voiture, c'est pour ça, et on en riait tous les deux en pensant à la tête que feraitr mon père en rentrant...


J'adore celui-là : ne dites jamais à un Provençal qu'il est brave, il pourrait fort mal le prendre (je ris encore de la déconvenue d'un ami parisien venu en vacances...). Il est brave, ce n'est pas quelqu'un de courageux, mais quelqu'un de bien gentil mais un peu niais ; ça reste gentillet, même si c'est pour nous déplaisant. Mais si on dit il est bien brave, là ça se corse : c'est en gros que c'est un couillon ! Et il est bien brave, peuchère : vous avez intérêt à courir vite si le "brave" en question vous entend !

Il est temps quand même de parler de la fameuse cagole : ah ces cagoles que le monde entier nous envie, sans doute déjà là quand les Celto-Ligures accueillirent les premiers Grecs ! D'aucuns diront que la vraie cagole est marseillaise, mais je dirais pour ma part qu'il y a des variétés de cagoles, comme il y a des variantes dans les mots : la cagole toulonnaise n'a rien à envier à sa cousine marseillaise ! Cette expression vient de la locution provençale à la cagolo, qui signifie à califourchon sur le dos (hum hum !) de  ; à l'origine, la cagole est une femme de petite vertu, comme on dit pudiquement, je ne vous fais pas un dessin pour le lien avec la locution... Par extension, une cagole, c'est une femme en général très fardée, qui parle fort avec un fort accent et un vocabulaire familier et même grossier, qui s'habille de façon voyante ou provocante et avec mauvais goût voir ridicule... Bref, là encore, difficile d'expliquer totalement. Entre amis, le terme peut être une taquinerie ; mais attention, il est péjoratif et en général pas apprécié du tout par la gente féminine... Aussi, si vous n'êtes pas d'ici ou assez aguerris dans son emploi, évitez à tout prix au risque d'avoir des ennuis...


Cousine de la cagole, il y a aussi la radasse ; en provençal, la radasso était une longue corde pour la pêche des oursins, ou encore un balai fait de vieux cordages qui servait à laver le pont des bateaux ; c'est un fait que le terme semble bien trouver son origine dans les ports et vient sans doute du langage des marins. Radassa, ou radasser dans la forme francisée, c'est fainéanter, paresser : d'ailleurs, il existe dans la tradition un meuble, la radassière, inspiré des divans orientaux et placé comme eux dans une alcôve, où on se reposait dans les belles demeures... et où on faisait sans doute des siestes coquines ! Un radassié, c'est aussi un canapé... Tout ça vous donne une idée des qualités d'une radasse, non ?

 

(à suivre...)

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