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  • : Ankh-Neferkheperou-Rê
  • Ankh-Neferkheperou-Rê
  • : Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
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Papyrus éphémère

 

 

Création et cadeau de Theti

 

 

 

Fouiller

Texte Libre

 

 

 

 

 

  

Message des Scribes d'Ankhneferkheperourê :

 

Fermeture définitive de la Cité dimanche 27 mai 2007.

Vieux Papyrus

Notre Cité

20 février 2007 2 20 /02 /février /2007 01:28
 

Barqûq, dont le nom signifie « prune » en arabe, fait partie des Mamlûk circassiens par les Bahri Mamlûk dans le Caucase. Il avait été acheté en 1362 ou 1363 par l 'émir Yelboghâ el-'Umâri et fit partie des Mamlûk exilés hors d'Egypte par le sultan bahride el-Ashraf Zeyn ed-Dîn Shabân ibn Hasan ibn Qalâwûn. Après avoir été emprisonné, il entre au service du vice-régent de Syrie, Mangak, à Damas. Mais il obtient le pardon du sultan, et ainsi l'autorisation de revenir au Caire. Mal en prit au sultan : Barqûq et d'autres Mamlûk circassiens assassinent Shabân en 1377, et placent sur le trône son fils, el-Mansûr 'Alâ' ed-Dîn 'Alî ibn Shabân (1377-1381), âgé de 7 ans seulement ! Après la mort précoce de ce souverain fantoche, les Circassiens placent sur le trône un autre fils de Shabân, es-Sâleh Zeyn ed-Dîn Hâggi (1381-1382), un enfant lui aussi. Barqûq parvient à asseoir sa position, devenant un proche des jeunes princes et s'attirant la sympathie des autres Mamlûk circassiens, dont il finit par prendre le contrôle. Il peut ainsi renverser le jeune sultan en novembre 1382 et s'empare du pouvoir, fondant la dynastie des Burgi Mamlûk. Il prend pour nom de règne ez-Zâhir, peut-être en référence à Baybars.

Un exemple de la splendeur du décor du complexe de Barqûq.

Barqûq se soucia d'abord de légitimer son pouvoir. Pour cela, il chercha un lien avec la dynastie précédente, qui gardait un certain prestige pour avoir à la fois repoussé les croisés et les Mongols, et religieusement pour avoir adopté le sunnisme. Dans ce souci d'assise dynastique, il épousa Baghdad Khatun, la veuve du sultan el-Ashraf Zeyn ed-Dîn Shaban. Ce souci se retrouve également dans le choix de l'emplacement de son complexe Khanqah-Madrasa près des monuments des premiers Qâlâwûnides, au coeur du Caire médiéval. Se méfiant des possibles ambitions des autres Mamlûk, il place à des postes clefs de l'Etat des membres de sa famille et des proches.

Le complexe de Barqûq dans Le Caire médiéval.

Barqûq est connu comme un guerrier courageux et un grand cavalier, qui toute sa vie appréciera les chevaux et les exercices équestres. Surtout, son règne est marqué par un retour à la prospérité, grâce à l'impulsion donnée au commerce, mais aussi par un développement de la vie artistique et culturelle, en particulier par la conception d'un nouveau style qui allait marquer durablement cette dynastie. Du point de vue artistique en effet, le style architectural inauguré par Barqûq est fondamental, car il va marquer l'architecture cairote durant toute la première moitié du XVe s.

La forteresse d'el-Kerak, en Jordanie, où Barqûq est retenu prisonnier lors de la révolte de 1389-1390.

Les choses tournent mal en 1389, lorsque deux gouverneurs mamlûk du nord de l'empire se révoltent : Mintash, le gouverneur de Malatya au sud-est de la Turquie, et Yelbogha en-Naseri, gouverneur d'Alep en Syrie. Les deux gouverneurs prennent le contrôle de la Syrie et marchent sur Le Caire. Ne parvenant pas à s'enfuir à temps, Barqûq est capturé et emprisonné à el-Kerak, en Jordanie. Les deux mutins rétablissent provisoirement sur le trône le prince bahride es-Sâleh Zeyn ed-Dîn Hâggi. Profitant des dissensions que ses partisans suscitent entre les différentes factions mamlûk au Caire, Barqûq parvient à s'échapper de sa prison jordanienne, revient au Caire en février 1390 et reprend le pouvoir.

Timur Lang et sa cour...

La dernière partie de son règne est marquée par le remplacement de tous les gouverneurs et hauts fonctionnaires par des membres de sa famille. Bientôt surgit une nouvelle menace quand Timur Lang (1336-1405) envahit la Syrie en 1399, pillant Alep et Damas, dont il massacre tous les habitants, à l'exception des artisans qu'il fait déporter à Samarkand. Cette violence vaut au chef turco-mongol d'être déclaré ennemi de l'Islam, ce qui le prive du soutien des musulmans. Barqûq est parvenu entre temps à rassembler une puissante armée qui marche sur la Syrie. Egalement en guerre avec le sultan ottoman Bayezid et risquant d'être pris en tenaille, Timur Lang préfère fuir et se diriger vers la Perse et la Russie. Quand Barqûq meurt en juin 1399, il est parvenu à rétablir son autorité en Syrie et à chasser les derniers Turco-Mongols de Syrie. Il est inhumé non dans son complexe situé en ville, mais dans un mausolée élevé par son fils et successeur Farag.

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19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 18:36

Voici la plus ancienne représentation de Toulon connue à ce jour. Il s'agit d'une miniature turque conservée au musée de Topkapi, à Istanbul, datant du XVIe s. et réalisée à l'époque de Süleyman Ier, connu en France sous le nom de Soliman le Magnifique, par le grand miniaturiste turc Matrakçi Nasuh1 pour l'ouvrage "Siklos ve Estergon ve Istunibegrad", qui relate les campagnes du sultan en 1543.

Elle est incroyablement détaillée et précise. On y reconnaît le mont Faron, à l'arrière de la ville, les deux rivières qui alimentent la ville, le Las et l'Eygoutier, la tour royale, ou Grosse Tour, à l'entrée de la petite rade, le clocher de la cathédrale au milieu des constructions de la ville enserrée dans ses remparts, le rempart longeant la mer avec son môle servant alors de port... Sur le côté gauche, on distingue même le massif du Croupatier, le faubourg d'Entrevignes (devenu le Pont-du-Las), Ollioules sur les rives de la Reppe, les gorges d'Ollioules...

Comment se fait-il, me direz-vous, que la plus ancienne représentation de Toulon soit une miniature turque ? Et surtout comment se fait-il que les Turcs aient peint à cette époque Toulon, qui n'est alors qu'un petit port d'importance mineure ? Petit retour sur l'histoire...

En 1543, provoquant par là un énorme scandale dans tout le monde chrétien, le roi de France François Ier décide de s'allier au sultan ottoman. La flotte française et la flotte turque conjuguent même leurs efforts pour prendre le port de Nice2 ! Pire encore aux yeux de ses contemporains, il autorise la flotte turque à passer l'hiver de 1543-1544 dans le port de Toulon. Les Toulonnais s'affolent, les consuls de la ville tentent de protester, mais rien n'y fait. Et c'est ainsi que le 29 septembre 1543, le grand amiral ottoman Khayr ad-Dîn, dit Barberousse3, arrive à Toulon à la tête des galères ottomanes. Les Toulonnais doivent loger l'amiral et ses 15 000 soldats. La cathédrale de Toulon servira provisoirement de mosquée pour l'amiral ottoman et une partie de la population sqera évacuée vers les villes et villages alentour, en particulier les femmes et les jeunes filles.

Khayr ad-Dîn Barberousse, amiral ottoman...

La flotte ottomane restera à Toulon pendant 6 mois, jusqu'en mars 1544. Il semble que la cohabitation ne se soit pas trop mal passée, même si elle a donné lieu à de nombreuses légendes et traditions. On imagine aisément la surprise et la frayeur des Toulonnais d'alors de découvrir ces Turcs qui étaient à l'époque les maîtres de la Méditerranée. D'autant que les pirates et corsaires turcs étaient craints de tous, car ils enlevaient régulièrement pêcheurs et marchands qui s'aventuraient en mer, exigeant une rançon faute du versement de laquelle les malheureux étaient vendus comme esclaves à Alger...

Cette miniature ottomane, outre le fait qu'elle soit la plus ancienne représentation de Toulon, nous rappelle donc aussi une page singulière de l'histoire de la ville...

Le sultan Soliman recevant Barberousse à Istanbul...

1- Miniaturiste de la Cour ottomane sous Selim et Süleyman.

2- Qui est également représenté par une miniature.

3- Appelé en turc Barbaros Hizir Hayrettin Pacha, en arabe Khizir Khayr ad-Dîn.  Enlevé comme esclave, il deviendra corsaire ottoman, puis Bey d'Alger, avant que Soliman ne l'élève au rang de Grand Amiral de l'empire.

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19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 08:52

Un farouche guerrier circassien, tel que ceux qui formaient les rangs des Burgi Mamlûk.

Tout comme les Bahri Mamlûk qui les ont précédé, les Burgi Mamlûk doivent leur nom à l'endroit où ils étaient initialement cantonnés : leur nom de Burgi leur vient en effet des la tours (« burj », en arabe, « burg » en masri) de la Citadelle du Caire. C'est le sultan el-Mansûr Seyf ed-Dîn Qâlâwûn qui installa dans le donjon de la Citadelle du Caire les Mamlûk circassiens qui formaient sa garde d'élite ; il se méfiait en effet de ses congénères Bahri Mamlûk, dont il redoutait l'avidité de pouvoir et la propension à détrôner les sultans au gré de leurs querelles et intrigues.

La Citadelle du Caire et ses tours (photo Nefred).

Les Burgi Mamlûk sont aussi appelés Mamlûk circassiens, car la plupart d'entre eux étaient originaires du Caucase ; ils étaient formés de Circassiens1 proprement dits, mais aussi de Turcs, de Grecs et de Tatars2. Ils régnèrent sur l'Egypte un peu plus d'un siècle. Cette période est marquée par une grande instabilité et beaucoup d'historiens la considèrent comme l'une des plus sombres de l'histoire égyptienne. Les Burgi Mamlûk ont laissé dans les mémoires une image de guerriers querelleurs et violents, qui se livraient à des exactions incessantes sur les populations civiles et se battaient entre eux jusque dans les rues du Caire. Barqûq, le premier sultan Burgi Mamlûk, fit acheter en grand nombre des Mamlûk circassiens, parfois par groupes de plusieurs centaines.

Guerriers circassiens.

Dès le début du XVe s., pour faire face à une nouvelle invasion mongole dirigée par Timur Lang (Tamerlan), ils levèrent des impôts écrasants, en particulier les Juifs et les Chrétiens, qui étaient en outre humiliés en devant porter des marques distinctives. L'économie égyptienne était la plupart du temps exsangue.

Timur Lang recevant des émissaires, d'après une miniature persane.

Pourtant, les Burgi Mamlûk continuent à développer et embellir Le Caire, la couvrant de soomptueux monuments que l'on peut encore admirer. L'un des plus remarquables est la mosquée construite par le sultan el-Mu'ayyad à l'emplacement d'une prison dans laquelle il avait autrefois été retenu. Tyrannique mais pieux, el-Mu'ayyad dépensa sans compter pour édifier cette mosquée. Rendu extrêmement impopulaire par sa réforme monétaire et les conséquences des épidémies qui marquèrent son règne, il fut inhumé dans l'indifférence générale, sans même un linge pour couvrir sa dépouille.

Grâce à une promenade dans le quartier de Bâb Zuweyla avec notre amie Josiane, nous avons pu voir de l'extérieur la mosquée que el-Mu'ayyad fit construire à l'emplacement du lieu où il avait été emprisonné (à gauche sur l'image, photo Josiane).

Mais le plus grand souverain Burgi Mamlûk fut sans doute el-Ashraf Qâyit Bây, durant le règne duquel l'Egypte connut un renouveau éphémère. Il finança sa politique en levant un impôt d'1/5e des productions agricoles. La mosquée qu'il fit construire en 1472 compte parmi les plus beaux monuments du Caire médiéval.

Un redoutable cavalier tatar.

Mais une crise grave ne tarda pas à éclater, qui précipita la chute des Burgi Mamlûk en la personne d'el-Ashraf Qânsûh el-Ghûri, le dernier grand sultan Burgi. La découverte du passage maritime par le cap de Bonne Espérance, qui permettait aux navires occidentaux de commercer avec l'Inde sans avoir à payer les lourdes taxes imposées par l'Egypte, fut une véritable catastrophe économique pour Le Caire. En 1502, les choses allaient si mal que le sultan égyptien tenta de négocier en vain avec le souverain moghol. Avec l'aide de Venise, à laquelle la nouvelle route faisait également du tort, le sultan leva une flotte qui se porta en Inde pour attaquer la flotte portugaise ; après une première victoire, la flotte mamlûk fut finalement battue en 1509. En plus de la rivalité avec les Portugais pour le contrôle du commerce avec l'Inde, el-Ghori se heurta à l'inexorable expansion ottomane. Le sultan sera finalement tué en 1516, lors d'une formidable bataille qui opposa 14 000 soldats mamlûk à l'armée ottomane, avantagée par son artillerie. L'éphémère el-'Adel Tûman Bây II ne parvint pas à contenir l'envahisseur ottoman, et l'Egypte fut conquise en 1517.

Le sultan ottoman Selim Ier.

C'est presque avec soulagement que les Egyptiens accueillirent les troupes du sultan ottoman. Malmenés par plus d'un siècle de taxes exorbitantes et de désastre économique, ils espéraient que les Ottomans les délivreraient de l'emprise des Mamlûk. Mais ils se trompaient cruellement. Quand le sultan ottoman Selim3 vint en personne au Caire, ils comprirent qu'il venait en maître absolu et que c'en était fini de l'indépendance de l'Egypte et de la gloire du Caire, qui ne serait plus désormais que l'une des villes satellites de l'empire ottoman...

1- Les Circassiens sont aussi appelés Tcherkesses ; vous pouvez, si vous êtes curieux de découvrir les peuples du monde, consulter en suivant ce lien un site sur les Tcherkesses auquel j'ai emprunté l'image des guerriers circassiens : lien .

2- Appelés aussi "Tartares" ; peuple turcophone d'Asie Centrale qui occupa une partie de la Russie, de l'Ukraine et de Sibérie. Certains se joignirent aux Mongols de la Horde d'Or.

3- Selim Ier, sultan ottoman (1512-1520), dit le Cruel ou le Terrible (Yavuz en turc). Il est le père du fameux Süleyman (francisé en "Soliman" ) dit le Magnifique.

Les souverains de la dynastie Burgi Mamlûk :

ez-Zâhir Seyf ed-Dîn Barqûq (1382-1399)
en-Nâsir Farag ibn Barqûq (1399-1405) (1er règne)
el-Mansûr 'Abd el-'Azîz ibn Barqûq (1405)
en-Nâsir Farag ibn Barqûq (1405-1412) (2e règne)
el-Mu'ayyad Abu en-Nâsir Sheykh el-Mahmûdî (1412-1421)
el-Muzaffar Ahmed ibn esh-Sheykh (1421)
ez-Zâhir Seyf ed-Dîn Tatar (1421)
es-Sâleh Nâsir ed-Dîn Mohammed ibn Tatar (1421)
el-Ashraf Seyf ed-Dîn Barsbây (1422-1438)
el-'Azîz Gamâl ibn Barsbây (1438)
ez-Zâher Seyf ed-Dîn Gaqmaq (1438-1453)
el-Mansûr Fakhr ed-Dîn Osmân ibn Gaqmaq (1453)
el-Ashraf Seyf ed-Dîn Inâl el-'Ala'i (1453-1460)
el-Mu'ayyad Shihâb ed-Dîn Ahmed ibn Inâl (1460)
ez-Zâhir Seyf ed-Dîn Khoshqadam (1461-1467)
Seyf ed-Din Yalbây (1467)
ez-Zâhir Tamerbughâ er-Rûmi (1467)
el-Ashraf Seyf ed-Dîn Qâyit Bây (1468-1496)
en-Nâsir Mohammed ibn Qâyit Bây (1496-1497) (1er règne)
Qânsûh Khumsamâh (1497)
el-Ashraf Mohammed ibn Qâyit Bây (1497-1498) (2e règne)
ez-Zahir Qânsûh Ashrafi (1498-1500)
el-Ashraf el-Gambalât (1500-1501)
el-'Adel Tûman Bây I (1501)
el-Ashraf Qânsûh el- Ghûri (1501-1516)
el-'Adel Tûman Bây II (1517)

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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 14:00

La bastide de Montauban, à Ollioules, datant des environs de 1622, nichée dans son écrin de verdure et tournée vers la rade de Toulon...

Je souhaitais partager avec vous ce passage d'un livre dont nous reparlerons à l'occasion et qui a pour sujet la vie de la marquise de Brinvilliers, rendue célèbre par la sinistre « affaire des Poisons » sous Louis XIV. Nous reparlerons aussi dans notre Gynécée de l'Histoire de ce personnage étonnant de Mme de Brinvilliers... La scène se passe en Provence durant l'enfance de la marquise, qui n'est encore que Marie-Madeleine d'Aubray... L'évocation d'une bastide provençale du XVIIe s. m'a semblé particulièrement réussie. La Provence, une bastide, le XVIIe siècle, un personnage féminin sulfureux, voilà qui ne pouvait que me ravir, vous vous en doutez... J'espère que cet extrait vous plaira aussi.


« En Provence, été 1637


La campagne était déjà rousse. Au-delà des murs du jardin, l'ocre, le gris bleuté succédaient aux verts sombres, aux feuilles argentées et aux taches vives des massifs groupés autour de la bastide. Accroupie au pied du mur du potager, là où le soleil chauffait le plus fort, le menton posé sur ses genoux repliés, la petite fille rêvait lorsque la voix de sa nourrice la fit sursauter. D'instinct, elle se leva et essuya son visage avec un coin de son tablier.

- Marie-Madeleine, appelait la voix.

La petite fille, le dos appuyé au mur, posa son regard sur les arbres fruitiers, les roses grimpantes et l'alignement des plantes potagères, les racines inertes, indifférentes, qu'elle dédaignait. Puis relevant sa robe des deux mains pour ne pas l'accrocher aux mûriers noirs, elle s'avança vers la porte du potager.

- Encore à regarder les légumes ! Faut-il que vous les aimiez pour les contempler ainsi.

La voix était forte, gentille cependant, avec un accent chantant qui plaisait à la petite fille et qu'elle aurait voulu avoir elle aussi, en dépit de l'interdiction de ses parents. »


(Catherine HERMARY-VIEILLE, La Marquise des Ombres ou la vie de Marie-Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers, éd. Orban, Paris, 1983)

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15 février 2007 4 15 /02 /février /2007 07:04

 

 

Si si, elle l'a fait ! Moi qui voue une hostilité farouche à tout ce qui représente l'avant-poste de l'invasion progressive de la culture américaine, elle a osé me faire ça !!! Quand elle a commencé à évoquer cette idée avant notre départ, j'ai bien tenté de me rebiffer et opposé un non catégorique, me lamentant par avance d'un tel déshonneur... Je ne croyais pas qu'elle le ferait, mais vous connaissez Theti et sa force de persuasion : elle m'a traîné au Mc Do' de Louqsor !!! Je vous raconte cet épisode douloureux de notre voyage en Egypte...

 

 


Nous étions revenus à Louqsor après la croisière vers le sud, pour deux nuits. Nous n'avions pas inclus dans notre forfait les repas, en dehors des petits déjeuner, afin de disposer de plus de liberté en dehors de nos visites. L'idée était de manger égyptien, d'éviter autant que possible les versions édulcorées pour touristes et nous plonger un peu dans la vraie Egypte. Malheureusement, Theti avait déjà repéré qu'il y avait un Mc Do' à Louqsor... Difficile d'ailleurs, de ne pas le remarquer, puisqu'il se trouve à deux pas du temple et qu'il est signalé par les panneaux habituels dignes de la discrétion américaine... Ce soir-là, Theti n'était pas très en forme, un début de tourista, baptême de voyage obligé... Bref, problème en perspective pour se restaurer, la miss craignant que manger égyptien n'accentue le phénomène bien connu de tous les voyageurs et qu'elle découvrait en vrai tout en le redoutant... Evidemment, c'est alors que le Mc Do' est revenu sur le tapis et, ayant pitié des boyaux de ma chère Theti, j'ai fini par accepter d'aller au Mc Do...

 

 

 


Nous avons donc quitté notre hôtel et nous sommes dirigés à pied vers le quartier du temple, déployant mille astuces pour échapper aux calèches qui guettent le touriste égaré, à grands renforts de « lâ, shokran » suivis de « khalâs ! » un peu moins aimables quand l'insistance se faisait trop pressante. Changeant en permanence de trottoir, l'oeil aiguisé à l'affût de la moindre calèche à l'horizon pour l'éviter ? peine perdue, le cocher traverse en courant et vous rattrappe, il a l'oeil encore plus aiguisé que vous ! Bref, nous voici enfin aux abords du temple, Nefred expliquant à Theti qu'il faut rester cool en pareille situation, ponctuant son discours de « maalesh » et de « mafeesh mushkela » vu son humeur égyptienne d'être laissé en totale liberté à Luqsor...

 

 


Je tente de noyer le poisson dans l'eau en proposant à Theti de faire le tour du temple pour l'admirer de nuit... Mais pas folle la guêpe ! Tandis que je fais celui qui ne trouve plus les panneaux indiquant où se trouve le Mc Do' en question et que je jubile secrètement en me disant « chouette, on va y échapper ! », nous arrivons sur la place qui est en grands travaux d'aménagements derrière le temple, le sable surchargeant l'air plus qu'à l'accoutumée... Qu'importent tous ces éléments de diversion, Theti voit la fatidique enseigne : « Il est là, le Mc Do' ! ». Raté... Devant la porte se tient un policier en arme, ce qui, il faut l'avouer, donne encore plus envie d'entrer... Mais notre Theti n'est pas peureuse, même si j'essaie de le dire : « tu vois, c'est un lieu à risques, il y a la police... Tu es sûre que tu veux y aller ? ». Nous entrons donc : le fast-food est désert, ou presque ; un autre policier armé à l'intérieur, plus un policier en civil ? vous savez, ces policiers en civil qui font l'air de rien mais qu'on repère à trois kilomètres à la ronde, que ce soit en Egypte ou en France ! Déception de Theti : le Mc Do' de Louqsor est comme tous les Mc Do' du monde, pas de menu spécial, sauf qu'il n'y a pas de cochon... Nous passons commande et gagnons le premier étage, Nefred se faisant aussi petit que possible. Là non plus, il n'y a pas grand monde... Quelques Occidentaux égarés et très peu d'Egyptiens. Nous comprenons bien vite pourquoi : les rares Egyptiens qui se risquent ici vont au dernier étage, le plus loin possible des regards. Ce sont surtout des jeunes, des ados occidentalisés. Nous avons d'ailleurs le privilège de voir descendre une authentique « cagole » égyptienne comme je ne croyais pas en rencontrer, un tel spectacle que nous manquons d'en avaler nos frites de travers : hijab à fanfreluches paillettes kitchissime et vêtements moulants tout aussi discrets, maquillage outrancier pour une Egyptienne, et popotin qui remue à outrance dans une démarche qui n'a rien de naturel... Le spectacle valait effectivement son pesant de frites huileuses surgelées !  Frites qu'à la suite des mesures de rétorsion contre les "méchants-Français-qui-ne-soutiennent-pas-les-Etats-Unis" on n'appelle plus des "French fries", comme on l'a toujours fait en anglais, mais des "Mc fries", bien entendu...

 

 

Nous ne nous éternisons pas dans ce lieu de perdition. Je garde l'emballage de l'un des sandwiches pour vous le montrer au retour, ainsi qu'un menu pour servir de preuve au cas où il faudrait rappeler à Theti son forfait... Je précise aussi que ça y est, c'est fait et que la séance Mc Do' est terminée pour le reste du voyage... Ouf ! Mais Theti est contente, et puis elle a quand même mangé un peu, ce qui n'était pas gagné vu le trouble de ses intestins. Mais puisque j'ai eu droit au Mc Do', Theti aura droit à un tour dans le soukh, c'est ma vengeance ; et je compte bien traîner, croyez-moi, quitte à faire dix fois le tour ! Mais c'est une autre histoire qui fera l'objet d'un autre article, car il y a là encore matière à raconter...

 

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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 01:01

ما كلّ برّاق ذهب

 

mâ kull barrâq dahab

Tout ce qui brille n'est pas or...

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9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 00:46

Baybars est une figure étonnante de l'histoire égyptienne, au destin exceptionnel, un esclave devenu sultan. Ses exploits guerriers, qui ont permis d'éloigner du Proche-Orient la menace mongole, et la magnificence de sa cour tout autant que sa cruauté en ont fait au fil des siècles un personnage de légende. Au point qu'il n'est pas toujours facile de faire la part des choses dans tout ce qui se dit à son sujet.

Un Coran enluminé de Baybars.

D'origine turque, Baybars était né dans la partie de la Russie occupée par les Mongols, dans la ville de Kipchak. Encore enfant, il fut vendu comme esclave à Damas, pour 800 dinars, un prix modeste, car il avait un oeil atteint de la cataracte. C'était un homme solide, aux yeux bleus et au teint basané, au tempérament violent et doté d'une grande énergie, ce qui explique qu'il soit parvenu à usurper le rang de sultan. Guerrier redoutable, il commandait l'avant-garde de l'armée égyptienne lors de la guerre contre les Mongols et on lui doit en grande partie la victoire de 'Ayn Jalut, près de Jérusalem (3 septembre 1260). Le fait qu'il ait décidé d'assassiner le sultan Qutuz pourrait s'expliquer par le fait qu'il avait espéré en vain que celui-ci lui offrirait en récompense la ville d'Alep, qu'il avait reconquise. Après avoir assassiné le sultan, il prit sans mal le contrôle du Caire et se dota, en s'auto-proclamant sultan, du titre d'el-Malik ez-Zâhir, « le roi conquérant ».

La citadelle d'Alep, que Baybars reprit, exploit pour lequel le sultan Qutuz le récompensa bien mal à son goût.

Il restaura à son profit le pouvoir spirituel de l'empire musulman en installant dès 1261 le prince abbasside el-Mustansir, un oncle du dernier calife abbasside assassiné par les Mongols, comme calife au Caire, déplaçant ainsi le centre névralgique du sunnisme vers l'Egypte et s'assurant le contrôle du Hejjaz et de La Mecque. Le calife n'était en réalité qu'un homme de paille et c'était bien le sultan mamlûk d'Egypte qui continuait à diriger les vestiges de l'empire musulman. D'ailleurs, il laissa el-Mustansir se faire massacrer aux portes de Baghdad dans une tentative de restaurer le pouvoir central. Le nouveau calife confirma l'autorité de Baybars sur l'Egypte, la Syrie, le Hejjaz, le Yemen et l'Euphrate.

Unue monnaie du calife abbasside el-Mustansir, homme de paille dont Baybars ne tarda pas à se débarrasser.

Il régna au Caire durant 17 ans, entretenant une cour brillante et raffinée, entouré de princes et de notables tous issus des rangs mamlûk. Il garantissait des revenus élevés à ses ministres et aux membres de son administration, s'assurant ainsi leur fidélité et entretenant le désir d'entrer dans sa suite. Il déjouait toute tentative d'assassinat par des émirs de sa cour en étant imprévisible et en se déplaçant sans cesse. Son règne marque une époque de prospérité, Baybars se montrant aussi fin administrateur qu'il était bon guerrier. Il fit reconstruire les canaux, les fortifications et les chantiers navals en Egypte ; il remania et restaura le réseau routier, de sorte que les courriers ne mettaient que quatre jours pour parvenir du Caire à Damas. Homme pieux, il interdisit au Caire la consommation du haschisch et du vin, fit fermer toutes les tavernes et les bordels, chassant de la ville les prostituées européennes capturées lors des combats contre les croisés. Il créa au pied de la Citadelle une Maison de Justice, dans laquelle il siégeait lui-même le vendredi et le dimanche, où il donnait des audiences et recevait des émissaires.

Pieux et autoritaire, Baybars fait chasser du Caire les prostituées européennes.

Usant aussi bien de la guerre que de la diplomatie, Baybars parvint à maintenir les croisés chrétiens sur la côte nord de la Méditerranée. Car la propspérité qui marque son règne doit aussi beaucoup à ses victoires extérieures. Il dépensait sans compter pour recruter sans cesse de nouveaux Mamlûk. Il exigeait de lourds tributs des cités étrangères et des seigneurs vaincus.

Une monnaie frappée sous Baybars.

Baybars mourut assassiné en 1277, à l'âge de 50 ans. Ayant l 'intention de se débarrasser de l'émir Malik Kâher, un prince rival potentiel, il fit un jour mettre du poison dans le verre de l'émir ; mais celui-ci parvint à échanger les verres, et Baybars agonisa durant 13 jours !

La mosquée de Baybars au Caire.

Il ne reste presque rien des monuments édifiés au Caire par Baybars. Il ne fut pas enterré au Caire, mais à Damas ; il n'a donc pas laissé de mausolée. Sa madrasa, qui se dressait à côté de la tombe d'es-Saleh, fut rasée en 1874 pour percer une route et il n'en reste que quelques blocs. Sa Maison de Justice (Dâr el-'Adl), au nord-ouest de la Citadelle, a elle aussi été détruite. Il reste cependant l'une de ses mosquées, mais elle ne retient guère l'attention des visiteurs...

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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 08:31

Après l'assassinat du 1er sultan mamlûk, Aybak, par son épouse Shagarat ed-Durr, ce fut le fils né du premier mariage d'Aybak, el-Mansûr Nûr ed-Dîn 'Alî ibn Aybak (1257-1259), qui fut choisi comme nouveau sultan. Mais le nouveau sultan était très jeune et il on lui adjoignit pour tuteur Seyf ed-Dîn Qutuz, un ancien esclave d'Aybak, qui finit bientôt par le renverser. Pour asseoir son pouvoir, Qutuz prétendit être le descendant du sultan Jalâl ed-Dîn Khawârizm Shâh. Nous ne savons que peu de choses en réalité sur ses origines : de son vrai nom Mahmûd ibn Mamdûn, capturé enfant par les Mongols, il fut vendu comme esclave à Damas à un certain ibn el-'Adîm, notable de la ville. Il fut ensuite racheté par Aybak, qui le ramena avec lui au Caire. Dévoué à son nouveau maître, il gravit peu à peu les échelons militaires mamlûk, devenant le chef des esclaves d'Aybak et son plus proche confident. Sa première action politique fut de prendre part à l'assassinat du chef mamlûk Fâris ed-Dîn Aqtây, dont l'attitude avait fini par irriter le sultan.

Les troupes mongoles finissent par s'emparer de Baghdad et mettent la ville à sac.

Après la prise de Baghdad par les Mongols et de la mort du calife abbasside, Qutuz renversa le jeune sultan el-Mansûr Nûr ed-Dîn 'Alî ibn Aybak au cours d'une chasse à el-Abbâsiyyah, en novembre 1259, et l'emprisonna avec toute sa famille dans la Citadelle du Caire. Il parvint à convaincre les autres Mamlûk que c'était là la seule solution pour contrecarrer l'insouciance du jeune souverain et se préparer efficacement à la guerre contre les Mongols, dans un moment critique où l'Egypte avait besoin d'un sultan fort. C'est ainsi qu'il obtint d'être reconnu sultan par les Bahri Mamlûk. Il ne régna que fort peu de temps, entre novembre 1259 et octobre 1260.

Hülagü Khân, petit-fils de Gengis Khân, mène les troupes mongoles qui se lancent à l'assaut de l'empire arabe.

Le court règne de Muzaffar Seyf ed-Dîn Qutuz est surtout marqué par l'irruption des troupes mongoles en Syrie. Hülagü Khân, le petit-fils de Gengis Khân, avait envahi l'Iraq en 1258 et s'était emparé de la capitale de l'empire, Baghdad. Il se dirigea ensuite vers la Syrie, mit Damas à feu et à sang, et reçut l'appui des chrétiens, mais aussi de musulmans restés fidèles aux Ayyubides ; ayant conclu une trève avec les croisés en Palestine, il envoya au sultan mamlûk Muzaffar Seyf ed-Dîn Qutuz quatre ambassadeurs chargés de lui remettre une lettre l'avertissant que l'Egypte ne pourrait échapper à la supériorité des guerriers mongols. Le sultan traita cette menace par le mépris et fit tuer les quatre ambassadeurs, faisant suspendre leur tête à Bâb Zuweyla, au Caire.

Bâb Zuweyla, qui vit tant de suppliciés, dont les émissaires mongols d'Hülagü Khân.

En septembre 1260, grâce au général mamlûk égyptien Rukn ed-Dîn Baybars, il arrêta les troupes mongoles à 'Ayn Jalut, près de Jérusalem, leur infligeant leur première grande défaite. Quand les parties de la Syrie entrées en leur possession se révoltèrent, les Mongols se retirèrent en Anatolie et les Mamlûk égyptiens purent reprendre le contrôle du Proche-Orient.

Grâce aux troupes mamlûk et au général Baybars, Qutuz parvient à éloigner de l'Egypte la menace mongole.

A son retour vers l'Egypte, le général Baybars ne tarda pas à faire assassiner à son tour le sultan Qutuz. La cour était à el-Qusayr, en octobre 1260, quand Baybars décida de se débarrasser du sultan au cours d'une partie de chasse. Il avait demandé à Qutuz de lui accorder l'une des femmes capturées durant la campagne guerrière, ce que le souverain lui accorda ; Baybars se pencha alors pour baiser la main de Qutuz en signe de remerciement, mais c'était le signal convenu avec les assassins pour décapiter le malheureux sultan !

Une monnaie frappée sous le règne de Qutuz.

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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 08:07
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Henri Stierlin, Hadrien et l'architecture romaine, coll. « La démarche des bâtisseurs », éd. Office du Livre, Fribourg (Suisse), 1984. 224 p.

Nous parlions il y a quelque temps de l'empereur Hadrien, au sujet de sa liaison avec le fameux Antinoos. Je vous recommande au sujet de l'apport de cet empereur à l'art romain un excellent ouvrage d'Henri Stierlin. On ne présente plus Henri Stierlin, grand spécialiste de l'architecture bien connu des amateurs d'histoire de l'art. Sous le titre Hadrien et l'architecture romaine, il entreprend une étude des principaux monuments construit par l'empereur, dont le règne marque une apogée de l'architecture romaine. Il commence par résumer la biographie de ce personnage hors du commun, puis replace son oeuvre architecturale dans le contexte de l'histoire de l'architecture romaine et de ses traditions. Cela permet de comprendre à la fois la genèse des réalisations de l'empereur et leur signification pour la civilisation romaine. Il rappelle non seulement l'évolution des formes, mais aussi celle des matériaux.


C'est avec ces informations essentielles pour leur compréhension qu'on découvre ou redécouvre ainsi des chefs-d'oeuvre de l'architecture romaine, comme le Panthéon de Rome ou la villa Hadriana de Tivoli, qui sont étudiés en détail, ou encore le mausolée d'Hadrien, devenu le Château St-Ange. Le tout est admirablement illustré de photographies en couleur, de plans et de reconstitutions qui permettent au lecteur de comprendre ces édifices dans leur aspect originel et leur portée symbolique.


Cet ouvrage présente enfin l'avantage d'être accessible à tous, tout en étant extrêmement précis dans son étude. Les non spécialistes eux-mêmes prendront plaisir à lire ce livre, qui est l'une des références sur l'architecture de cette période.

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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 21:05

Nous allons parler aujourd'hui d'un personnage historique tout à fait étonnant : la sultane Shagarat ed-Durr1 qui, comme dans l'Antiquité Hatshepsut ou Cléopatre, régna sur l'Egypte à l'époque médiévale. Une femme régnant sur l'Egypte à l'époque médiévale, avouez que cela nous surprend... Elle est tout à la fois la dernière représentante de la dynastie ayyubide et la toute première de la dynastie mamlûk.


Esclave mamlûk d'origine arménienne ou turque arrivé dans l'empire par la cour de Baghdad, ses débuts sont obscurs. On sait par les textes qu'elle fait partie en 1239 des captives du harem du calife abbasside el-Musta'sim. C'est en 1240 qu'es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyub (1240-1249), l'un des derniers sultans ayyubides d'Egypte, l'achète pour son harem. Elle n'est au départ qu'une concubine et esclave, mais finira par gagner la première place dans le coeur de son mari. Ce serait elle qui aurait incité son époux à faire venir en masse des esclaves mamlûk pour défendre l'Egypte contre les dangers extérieurs, tant les croisés que les mongols. Toujours est-il qu'il avait en effet développé sa propre garde mamlûk stationnée au Caire, sans savoir que cela finirait par être fatal à la dynastie ayyubide.

 


La vie de Shagara est riche en rebondissements, digne d'un roman. En 1248, es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyub est capturé par son cousin en-Nasser Da'ud et emprisonné à el-Karak ; Shagara suit son époux et, durant cette réclusion, donne naissance à un fils, Khalil. Il est épris de sa beauté, et fasciné par son intelligence ; nul doute que cette réclusion a favorisé leur rapprochement. Un an plus tard, lorsque le sultan libéré revient au Caire, il élève Shagara au rang de première épouse. Elle est ainsi parvenue en peu de temps au faîte du pouvoir.


Mais ce n'est là qu'un début. Les événements vont bientôt offrir à l'ambitieuse Shagara l'occasion de se placer au devant de la scène. En juin 1249, Louis IX, roi de France, débarque avec une troupe de croisés dans le Delta et s'empare de Damiette. Le sultan es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyub, qui s'est porté dans la région pour arrêter les croisés, est atteint de fièvres, auxquelles il finit par succomber au mois de novembre, à Mansurah. Shagara convoque alors le chef des Mamlûk, Fakr ed-Dîn, et le chef des eunuques royaux, Gamal ed-Dîn ; elle s'entend avec eux pour taire la nouvelle de la mort du sultan, afin de gagner du temps et de réorganiser les forces égyptiennes. Elle interdit à qui que ce soit l'accès à la chambre du sultan, mais continue à y faire apporter chaque jour de la nourriture ; elle signe elle-même les documents officiels du nom du défunt... Dans le même temps, elle rappelle de Syrie le fils du sultan, Turan Shah, héritier du trône, pour prendre le commandement des troupes égyptiennes ; il n'arrivera qu'en février 1250. Ainsi, quand la nouvelle de la mort d'es-Saleh finit par se répandre, Shagara a eu le temps de s'organiser et de prendre le contrôle des affaires. Entendant la nouvelle, le roi de France pense que le moment est venu pour ses troupes de marcher sur Le Caire ; il parvient à tuer le chef des Mamlûk, Fakr ed-Dîn, lors d'une escarmouche. Mais en février 1250, les troupes françaises sont écrasées à Mansurah et Louis IX fait prisonnier ; c'est une grande victoire pour les Mamlûk, mais aussi pour Shagara. Après la bataille, ils assassinent l'héritier du trône d'Egypte, Turan Shah, qu'ils accusent de favoriser ses propres troupes.

 


Shagara, elle, garde tout son pouvoir et apparaît comme celle qui est parvenue à sauver l'Egypte du désastre. Habile négociatrice, elle obtient la confiance des Mamlûk, qui la proclament sultane et lui donnent le nom d'Umm Khalil (« la mère de Khalil »), justifiant par le fait qu'elle ait donné un fils au sultan es-Saleh son accès au trône. Elle est ainsi la première dirigeante musulmane à pouvoir faire frapper des monnaies à son nom et à régner personnellement. Elle a l'habileté d'épargner les chrétiens faits prisonniers aux côtés du roi de France, reprend Damiette aux croisés et exige l'énorme rançon d'un million de besants pour la libération de Louis IX.


Elle ne règnera en réalité personnellement que 80 jours sur l'Egypte. Le calife abbasside de Baghdad, dont elle avait été l'esclave dans sa jeunesse, se montre indigné par le fait qu'une femme soit ainsi placée à la tête de l'Egypte ; il menace de venir en personne nommer un sultan mâle. Est-ce cela qui décide les Mamlûk à changer de stratégie ? Toujours est-il qu'ils obligent Shagara à épouser leur nouveau chef, 'Izz ed-Dîn Aybak, et à abdiquer en sa faveur ; il devient donc sultan et fonde la dynastie des Bahri Mamlûk. Mais Shagara entend bien continuer à exercer en réalité le pouvoir, considérant le Mamlûk comme un homme de paille. Elle commence par exiger qu'il divorce de son épouse Umm 'Alî, ce qui, un jour, scellera curellement son destin. La cohabitation entre Shagara et son nouvel époux se maintient tant bien que mal durant quelques années. Aybak est à vrai dire souvent absent d'Egypte, car il doit lutter contre l'opposition des Ayyubides de Syrie, à Alep et Damas. C'est donc Shagara qui, dans les faits, en l'absence de son mari, exerce le pouvoir en Egypte. Malgré la duplicité des Mamlûk, les accords passés avec la sultane sont ainsi respectés...

 


Le drame se noue en 1257, lorsque Shagara apprend que son mari a l'intention de prendre pour seconde épouse une princesse iraqienne. Jalousie, mais surtout inquiétude devant l'irruption d'une rivale qui pourrait bien l'évincer, comme elle a elle-même évincé Umm 'Alî... Elle convoque sur le champ Aybak à la Citadelle ; ce dernier se trouvait à ce moment-là dans les faubourgs du Caire. Elle l'attire dans les bains du palais, et le fait poignarder à mort par ses eunuques... Geste terrible qui sera lourd de conséquences... La fureur passée, Shagara réalise que ce qu'elle vient de faire est extrêmement maladroit et dangereux. La tradition affirme qu'elle rassemble ses bijoux et les brise dans un mortier pour qu'aucune autre femme ne puisse s'en emparer.


Ses terribles pressentiments ne tardent pas à se confirmer : 'Alî, le fils issu de la première épouse d'Aybak qu'elle avait obligé à répudier, fait irruption dans le palais à la tête d'une foule de partisans surexcités. Ils s'emparent de la sultane et l'enferment dans une des tours de la Citadelle. Puis ils la traînent devant la mère d' 'Alî, qui peut enfin assouvir sa vengeance : l'ayant elle-même battue et insultée, elle la livre à ses servantes qui arrachent ses vêtements et la battent à mort avec les savates de bois portées au hammam ; allusion au meurtre commis ur le sultan dans les bains du palais, bien sûr. Puis le corps de la malheureuse est traîné par les pieds à l'extérieur et jeté presque nu par-dessus les remparts dans les douves de la Citadelle. Il y reste plusieurs jours, livré aux chacals venus du désert, privé de sépulture. Ce qu'il restera de la dépouille de la seule souveraine médiévale d'Egypte sera finalement rassemblé dans un panier et enterré dans le superbe mausolée qu'elle avait fait ériger en 1250 près des sépultures des saintes femmes dans la nécropole du Caire... Malgré sa fin tragique, elle disposera quand même d'une sépulture digne d'une sultane, qui existe toujours. Revanche posthume ?


La figure de Shagara est diversement appréciée : personnage secondaire pour les historiens occidentaux des croisades (un roi de France mis à mal par une femme, avouez que cela a de quoi déranger...) aussi bien que pour de nombreux historiens arabes, figure emblématique pour les féministes du monde arabe, support de bien des traditions et légendes attachées à son destin particulier et à sa fin tragique...



1- Il existe de nombreuses variantes de son nom : Shajarat ad-Durr (en arabe classique), Shagarat ed-Durr (en masri cairote classique) ou Shadjara ed-Dorr (en sa'idi), ou encore simplement Shagar.



Sources :

  • Touregypt : Touregypt

  • l'article de David J. Duncan, Scholarly views of Shajarat al-Durr : a need for concensus

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