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  • : Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
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Message des Scribes d'Ankhneferkheperourê :

 

Fermeture définitive de la Cité dimanche 27 mai 2007.

Vieux Papyrus

Notre Cité

3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 22:00

La seconde position du retable consiste à ouvrir les deux panneaux du centre pour couvrir les volets droit et gauche ; la prédelle reste quant à elle fermée, comme dans la première position.

Le retable ouvert, dans la seconde position.

Sur le panneau central, la Nativité traitée de façon atypique.

 

Au centre se développe le thème de la Nativité, mais traité de façon particulière, dans une atmosphère inondée de lumière, aux tons doux, qui contraste avec la Crucifixion du premier volet. La Vierge à l'Enfant se tient à droite, souriante et conforme aux canons de l'école alsacienne. Assise sur un banc de pierre, dans un jardin, elle tient en un geste délicat l'Enfant qui est drapé dans un linge déchiré que nous connaissons déjà : c'est le pagne du Crucifié rencontré dans le premier tableau, qui annonce la Passion. A côté d'elle, des objets du quotidien évoquant la naissance et l'Incarnation dans sa réalité terrestre : un berceau, un baquet de bois pour le bain de l'enfant, un vase de nuit. Derrière elle, un paysage surmonté par Dieu le Père, inondé d'une lumière dorée, qui envoie sur terre des anges qui annoncent, sur la montagne, la nouvelle aux bergers. Un certain nombre de symboles évoquent en particulier les litanies de la Vierge : la porte close du jardin ("hortus conclusus"), la rose sans épines ("rosa mystica"), le vase de verre translucide ("vas honorabile"). Sur le côté gauche, un ange joue de la viole de gambe, vêtu d'une robe d'un rose tendre et inondé de lumière. Derrière lui, sous un baldaquin gothique tardif, sans doute une représentation de l'Incarnation et le concert des anges : accompagnée d'anges, la Vierge agenouillée, le visage illuminé d'une lumière étrange, est fécondée par l'Esprit représenté par des anges dorés.

 Le volet gauche ouvert : l'Annonciation.

Sur le volet de gauche, une Annonciation toute aussi particulière. La scène prend place dans une église gothique de type germanique. L'ange Gabriel, à droite, semble surgir, comme le montre le mouvement des plis de son vêtement ; ses pieds ne touchent pas le sol, il est un être surnaturel. La Vierge, qui était en train de lire, détourne la tête mais se soumet ; sur le livre ouvert devant elle, au centre de la scène, on peut lire la prophétie d'Isaïe : "une vierge sera enceinte, elle enfantera un fils et il sera appelé Emmanuel" ; Isaïe est d'ailleurs représenté en haut à gauche, dans un des compartiments de la voûte. Grünewald a donc choisi de représenter l'instant précis où la prophétie s'accomplit et où la Vierge est fécondée par l'Esprit Saint, figuré par la colombe qui vole au-dessus d'elle.

 L'extraordinaire Résurrection du volet droit ouvert.

Sur le volet de droite, la magnifique Résurrection qui est elle aussi tout à fait atypique et montre la grande maîtrise technique de Grünewald. Le peintre choisit de représenter le moment où le Christ ressuscité s'élance hors du Tombeau ; une partie du linceul est encore dans le sarcophage de pierre dont le couvercle a basculé sur le côté. Le Christ a revêtu le manteau rouge du triomphe sur la mort. Il montre les paumes de ses mains transpercées et son visage s'enveloppe d'une extraordinaire auréole de lumière qui utilise avec délicatesse un dégradé allant du jaune le plus éclatant au rouge. Plus qu'endormis, les soldats présents, vêtus de lourdes armures, semblent terrassés par cette vision surnaturelle. La scène se déroule dans un paysage aride de rochers et dans une obscurité qui rappelle la Crucifixion. Le visage du Christ est d'une remarquable sérénité, esquissant un léger sourire, et sa peau est presque translucide. Ce volet est sans conteste un véritable chef d'oeuvre dans lequel le peintre montre toute sa maîtrise de la couleur. 

 

Cet ensemble de la seconde position présente deux caractères qui font toute l'originalité de l'oeuvre : le choix de représenter des scènes religieuses de façon non traditionnelle, à des moments particuliers, et l'art subtil de la couleur et des jeux de lumière, qui font de Matthias Grünewald l'un des plus grands artistes de son temps.

Il nous reste à voir la troisième position, qui fait cohabiter la peinture de Grünewald et les sculptures de Nicolas de Haguenau.

 

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Published by Ankh-Neferkheperourê - dans Temple de Ptah - Arts
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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 16:31

En dehors des mosquées, la ville du Caire recèle de nombreux autres trésors d'art islamique, qui comptent parmi les plus beaux du monde. Lors de mon séjour dans cette ville en 2004, je n'y suis resté que peu de temps et je suis reparti un peu frustré vers la Haute-Egypte, mais en me promettant une chose : je reviendrai, et je prendrai le temps qu'il faudra pour découvrir plus en profondeur cette ville dont je suis tombé amoureux.

L'extraordinaire Cité des Morts...

 

L'une des choses les plus fascinantes, c'est la fameuse Cité des Morts, immense nécropole (la superficie totale est d'environ 1000 hectares !) hérissée de coupoles magnifiques et de minarets qui abrite des tombes et mausolées de toutes les périodes ; cela au milieu de la ville des vivants, tant l'extension tentaculaire du Caire moderne s'est développée dans toutes les directions. Mais ce n'est pas seulement une nécropole : toute une population y vit, dont a du mal a estimer le nombre exact ; une population pauvre venue de toute l'Egypte. On distingue le cimetière nord et le cimetière sud. Tous les jours, nous passions devant la Cité, mais je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de m'y rendre ; c'est un des lieux que je compte explorer lors de mon prochain voyage. Les plus célèbres mausolées sont d'époque mamelouk (Barqûq, Sultan Inâl, Sultan Qâyitbây...), mais il y a vraiment des merveilles de toutes les périodes. Certains mausolées se visitent de façon officielle, avec tarif d'entrée ; pour d'autres, un bakhshish versé au gardien ou à la famille qui l'occupe permet d'entrer.

A l'intérieur d'un mausolée dans la Cité des Morts...

Autre point d'intérêt dans Le Caire islamique, les vestiges de fortifications. Il y a bien sûr l'imposante citadelle construite par Salâh ed-Dîn (Saladin) au sud-est de la ville, qu'elle domine et sur laquelle elle offre un point de vue remarquable ; c'est à l'intérieur de la Citadelle que se trouve la mosquée de Muhammad 'Alî. Mais il y a aussi les portes médiévales (époques fâtimide et ayyûbide, XIe-XIIe s.), qui font l'objet des restaurations : Bâb an-Nasr (Porte de la Victoire) et Bâb al-Futûh (Porte des Conquêtes) au nord,  et Bâb Zuwayla (du nom d'une tribu berbère dont les soldats, au service des Fâtimides, étaient logés près de là) au sud. Ces portes sont les mieux conservées du monde musulman.

 

Bâb an-Nasr (à gauche) et Bâb al-Futûh (à droite)...

Bâb Zuwayla...

 

Vue générale de la Citadelle...

Enfin, il y a également des maisons et palais de toutes époques à découvrir. Le musée Gayer Anderson, du nom d'un collectionneur anglais, consacré à l'art islamique, est installé juste à côté de la mosquée d'ibn Tûlûn dans deux maisons d'époque ottomane ; vraiment magnifique ! Le musée islamique, fondé au début du XXe s., fait l'objet de restaurations ; ses collections sont exceptionnelles. Même dans le très touristique Khan el-Khallili, de magnifiques trésors d'architecture surgissent.

Une des salles du musée Anderson...

(photos : cites-du-monde et tour-egypt ).

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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 04:27

 

 

Sans doute venu d'Orient, le citronnier, de même que l'oranger, est cultivé dans la région depuis le Moyen Age. Au XVe s., il contribue à la richesse de certaines familles. Et jusqu'au XXe s., la présence de jardins plantés de citronniers et d'orangers poussant en pleine terre ne cessera d'émerveiller les voyageurs.

 

 

L'arôme délicieux des fleurs de citronnier font partie des magies de nos jardins provençaux. Sitôt la fleur fécondée grâce aux insectes butineurs, un petit citron prend forme. La fleur se fane alors, laissant place au fruit qui grossit petit à petit, puis prend cette belle couleur jaune synonyme de soleil.

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Published by Ankh-Neferkheperourê - dans Beit Prouvènço-La Provence
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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 01:22

Beaucoup de gens n'y pensent pas, mais l'Egypte ce sont aussi des merveilles d'art islamique. Le Caire offre des splendeurs architecturales qui rappellent que la ville fut dans l'histoire l'un des foyers artistiques les plus actifs du monde musulman. Il faut l'avouer, beaucoup de tour-operators négligent cet aspect, ou passent très vite dessus, et c'est souvent seul qu'il faut aller à la rencontre de cette richesse extraordinaire que recèle Le Caire.

Je serai obligé ici de faire un choix, car il y a tellement à voir qu'il ne suffit pas d'un article pour tout évoquer. Nous reparlerons de certains monuments dans la catégorie "Arts".

D'abord, nous verrons ici les mosquées, très nombreuses, parmi lesquelles un certain nombre de chefs-d'oeuvre incontournables lors d'une visite au Caire :

Intérieur de la mosquée d'Amr ibn al-'As.

- La mosquée d'Amr ibn al-'As : la plus ancienne de toutes, fondée par le conquérant de l'Egypte en 641, dans le quartier de Fustat. En réalité, il ne subsiste quasiment rien de cette mosquée initiale, dont le toit était soutenu par des troncs de palmier. La mosquée a été agrandie et remaniée à la période abbasside, en 827, par le gouverneur Abd-Allah ibn Tâhir, avec la grande salle hypostyle et les architraves de bois sculpté (celles conservées dans le mur de la qibla) ; les arcades reposent sur des colonnes de marbre antiques réemployées. Après une période de détérioration sous les Ottomans, la mosquée est restaurée en 1797 par Mûrad Bey, qui reconstruit les arcades perpendiculaires au mur de la qibla, alors qu'elles étaient antérieurement parallèles à celui-ci.

La cour de la mosquée d' ibn Tûlûn.

- La mosquée d'ibn Tûlûn : considérée comme la plus ancienne du Caire, car elle nous est quasiment parvenue dans son état d'origine. Elle fut construite durant la période tûlûnide, en 876-879, quand ibn Tûlûn fonda al-Qata'i au nord de Fustat. Cette mosquée est fortement influencée par l'architecture irakienne, en particulier celle de Samarra, où ibn Tûlûn avait reçu sa formation militaire ; cette influence se retrouve dans l'utilisation de la brique, les piliers ornés de colonnes engagées sur lesquels retombent les arcades, dans les décors de stuc et de bois sculpté, et surtout le minaret en spirale, unique en son genre en Egypte et reproduction de celui de Samarra. Cette mosquée est une pure merveille, il faut absolument la visiter.

Façade principale de la mosquée al-Azhar.

- La mosquée al-Azhar : construite en 970-972 durant la période fâtimide, juste après la fondation de la nouvelle capitale, al-Qahira. Dès 989, elle devient le centre d'un ensemble d'enseignement théologique, rôle qu'elle conserve aujourd'hui et qui fait son renom dans le monde musulman. Elle n'a cessé d'être agrandie au fil des siècles. La salle hypostyle d'origine se distingue, comme la Grande Mosquée de Damas, par un transept menant au mihrâb central.  Le calife al-Hâfiz y ajouta au XIIe s. les portiques de la cour. Une grande partie des décors de stuc de ces deux périodes subsistent. A l'extérieur, la mosquée est entièrement cernée par des contructions ajoutées au fil des siècles. Les sultans mamelouks Qâyitbây et Qânsûh al-Ghûrî y construisirent deux minarets et aménagèrent une nouvelle entrée. De nombreux princes ajoutèrent des madrasa (écoles). La plupart des façades actuelles datent des XVIIIe et XIXe s. Là encore, un édifice extraordinaire qu'on ne peut manquer de visiter.

Cour de la mosquée Sultan Hassan, avec vue sur l'un des iwân.

- La mosquée Sultan Hassan : construite en 1356-1359 au début de la période mamelouk. Elle dépasse toutes celles qui l'ont précédée par ses dimensions monumentales. Elle est conçue comme une mosquée à 4 iwân autour d'une cour centrale. L'ensemble comprend des madrasa et un mausolée placé dans l'axe de l'iwân contenant la qibla. Une partie de la décoration fut laissée inachevée après la mort du sultan. Le grand minaret est le plus haut du Caire. La mosquée se dresse sur une vaste place, au pied de la citadelle. Là encore, un chef-d'oeuvre.

La mosquée Sultan Hassan (à gauche) et la mosquée el-Rifai (à droite).

- La mosquée el-Rifai, voisine de la précédente, offre beaucoup moins d'intérêt architectural (pastiche du début XXe s.) ; elle est cependant souvent visitée par les touristes, car elle renferme les tombeaux de Faruk, dernier roi d'Egypte, et de Mohammed Reza Pahlavi, le dernier shah d'Iran.

L'intérieur de la coupole de la mosquée de Muhammad 'Alî, dans la Citadelle.

- La mosquée de Muhammad 'Alî : construite en 1830-1848, durant la période ottomane, à l'intérieur de la Citadelle de Saladin, elle est d'un style totalement étranger à l'Egypte qui rappelle les mosquées d'Istanbul. Son énorme dôme central est supporté par 4 semi-dômes et surmonte une vaste salle carrée. Elle est précédée d'une large cour à portiques. La décoration, en particulier les murs plaqués d'albâtre, est elle aussi de type ottoman. Elle mérite quand même une visite, ne serait-ce qu'à cause de ses dimensions.

Avec les mosquées d'Amr ibn al-'As, d'ibn Tûlûn, al-Azhar, Sultan Hassan et de Muhammad 'Alî, vous aurez eu un bon aperçu des différentes périodes de l'architecture cairote.

 

Dernière chose : la visite des mosquées ne pose aucun problème au Caire, même pour les non-musulmans. Il suffit d'avoir naturellement une tenue correcte (bras et jambes couverts, en particulier pour les femmes, pas de décolleté, mais aucune obligation pour les femmes de se couvrir la tête, par exemple), mais ça vaut pour tous les lieux de culte quels qu'ils soient à travers le monde, et laisser vos chaussures à l'extérieur.

(photos : cites-du-monde et lille ).

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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 21:38

Parmi les oeuvres que j'apprécie et qui m'ont réservé une rencontre pleine d'émotion figure le célèbre Retable d'Issenheim, conservé au musée Unterlinden à Colmar. Il a été peint avant 1515 par Matthias Grünewald, à l'huile sur panneau de bois. C'est sans conteste une des oeuvres majeures du domaine germanique à la fin du Moyen Age et il ne faut pas manquer d'aller l'admirer lors d'une visite de Colmar.

 

Le retable à Unterlinden, dans l'ancienne chapelle des Dominaines. Les panneaux sont aujourd'hui démontés, de façon à pouvoir simultanément montrer toutes les scènes.

 

Le retable, de style gothique tardif, est considéré comme l'une des grandes oeuvres de l'Occident gothique. Il est le fruit de la rencontre entre deux artistes : Matthias Grünewald pour la partie peinte et Nicolas de Haguenau pour la partie sculptée. En effet, le retable est constitué d'une série de panneaux peints qui s'ouvrent en deux positions successives sur une partie centrale sculptée.

 

Un mot tout d'abord sur le musée lui-même. Le musée Unterlinden est installé dans l'ancien couvent des dominicaines de Colmar (le retable d'Issenheim est exposé dans l'ancienne chapelle), fondé au XIIIe s. C'est un musée associatif qui est né des efforts de la société Schongauer (du nom d'un artiste alsacien dont nous aurons l'occasion de reparler), créée en 1847. "Musée de France", il présente de très riches collections, depuis l'archéologie jusqu'à l'art du XXe s. C'est véritablement un incontournable d'un séjour en Alsace, qui mérite qu'on lui consacre au moins un après-midi.

 

Le retable en position fermée (1ère position).

 

Dans la première position, retable entièrement fermé, la partie centrale est occupée par une superbe Crucifixion au caractère dramatique. Au centre, le Christ en croix a rendu le dernier souffle ; son corps décharné et portant les traces des tourments de la Passion, la couleur si particulière de sa peau ("couleur de poisson mort", selon Huysmans), les doigts raidis par la souffrance, tout concourt à donner une vision particulièrement dramatique et crue de la Passion. A gauche, St Jean soutient la Vierge en pâmoison, les mains jointes, et Marie-Madeleine, les cheveux défaits et les mains jointes dressées vers la croix, est agenouillée aux pieds du supplicié, son vase à onguents posé à côté d'elle ; à droite, St Jean-Baptiste tient d'une main un livre ouvert tandis que de l'autre il pointe le doigt vers le crucifié, avec cette inscription : "Illum oportet crecere, me autem minui" ("Il faut qu'il croisse et que je diminue", marquant le passage de l'Ancien au Nouveau Testament et faisant référence au texte évangélique de la rencontre entre Jésus et Jean-Baptiste). Aux pieds du saint, l'Agneau pascal portant la croix du triomphe sur la mort et dont le sang se déverse dans un calice d'or ; il symbolise le sacrifice du Christ pour la rédemptin de l'humanité, rappelant la tradition antique du sacrfice d'un agneau. La scène se déroule dans un paysage de rochers extrêmement sombre, par référence à la tradition selon laquelle une éclipse se serait produite au moment où le Christ aurait rendu le dernier souffle. Cette obscurité ajoute aussi au caractère dramatique et surnaturel.

 

Le panneau central (en réalité formé de deux panneaux qui se joignent au niveau de la croix) : la Crucifixion.

 

Sur le volet latéral de droite, la figure de St Antoine, debout sur un piédestal gothique, vêtu de l'habit des chanoines antonites d'Issenheim et tenant la canne surmontée d'un Tau. En effet, ce saint égyptien passe pour protéger contre le feu et les incendies, mais aussi pour guérir les "feu de St Antoine" ou "mal des ardents", terrible maladie transmise par l'ergot du seigle (ses effets étaient des hallucinations provoquées par l'attaque de la maladie sur le cerveau, une sensation de brûler de l'intérieur, la gangrène des membres). Le retable a été réalisé pour la chapelle de la commanderie des chanoines hospitaliers de St Antoine d'Issenheim, village situé au sud de Colmar ; au Moyen Age, les chanoines recevaient les malades et leur prodiguaient des soins. Nous aurons l'occasion de reparler de la figure de St Antoine, qui en se retirant au désert en Egypte est, selon la tradition, à l'origine des premiers monastères.

 

Sur le volet latéral de gauche, la figure de St Sébastien, lui aussi debout sur un piédestal, transpercé de flèches ; derrière lui, la colonne à laquelle il a été attaché. En haut à gauche, des anges lui apportent la couronne du martyre. Il a les mains jointes, comme la Vierge et Marie Madeleine, le visage tourné vers la scène centrale. St Sébastien, que les flèches n'auraient pas fait souffrir, était également considéré comme un saint guérisseur  invoqué lors des épidémies.

 

Détail de la prédelle (Mise au Tombeau) : la Vierge et St Jean soutenant le Christ mort.

 

Enfin, sur la prédelle (le socle) est représentée la Mise au Tombeau. St Jean soutient le Christ qu'il enveloppe dans un linceul. Agenouillées contre le tombeau, la Vierge, dont le visage est en grande partie caché par son voile blanc, et Marie Madeleine qui exprime une douleur pathétique. Le tout dans un paysage étrange, désolé. La couronne d'épines est posée aux pieds du Christ. La couronne d'épine fait partie des reliques de la Passion ; d'abord conservée à Constantinople, elle est achetée au XIIIe s. par le roi de France Louis IX (Saint Louis) qui construira pour la recevoir la Sainte Chapelle de Paris et distribuera des fragments de la relique à différents princes et souverains.

 

Panneau central - La Crucifixion (détail) : la Vierge et St Jean.

Remarquer l'expressivité des visages et le jeu subtil des couleurs.

 

Pour terminer, un mot sur l'art de la couleur. Ce premier ensemble est très sombre. Un art du contraste entre ombre et lumière qui préfigure déjà les développements que connaîtra ce thème dans l'art flamand et nordique à l'époque moderne. En dehors des tons sombres et sourds, ce sont les rouges qui dominent. Traditionnellement, le rouge est la couleur du triomphe, de la victoire sur la mort ; le Christ ressuscité s'enveloppe dans un manteau rouge, par exemple. Cela vient du manteau pourpre de l'empereur romain. Ici, tous les saints sont vêtus de rouge : Sébastien, Jean, Marie Madeleine et Antoine. Le blanc ensuite, un blanc lumineux pour le voile de la Vierge et la toison de l'Agneau, ainsi que le pagne et le linceul de la Mise au Tombeau, symbole de pureté ; blanc verdâtre pour le pagne du Crucifié, lambeau d'étoffe déchiré qui symbolise son sacrifice malgré sa pureté.

 

La prochaine fois, nous parlerons de la seconde position du retable, avec les deux panneaux du centre ouverts, et les volets latéraux ouverts une première fois.

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30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 10:24

"Nous devrions admirer les qualités positives de notre esprit en reconnaissant les inconvénients de ses défauts pour ce qu'ils sont : voilà un point très important.

Nous sommes tous semblables : des êtres humains sans aucune différence fondamentale. Nous avons des cultures différentes, des croyances religieuses différentes ; nous sommes de races différentes, nos modes de vie sont différents, nos arrière-plans familiaux aussi. Et, que nous ayons reçu une éducation ou pas, que nous soyons pauvres ou riches, nous avons tous le même potentiel, un potentiel de bien comme de mal. Aussi est-il extrêmement important de reconnaître l'existence de notre potentiel négatif, tout autant que celle de notre potentiel positif."

 

(Tenzin Gyatso, XIVe Dalaï-Lama, Pacifier l'Esprit, 1999)

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30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 08:42

Avoir les paroles des chansons qu'on aime bien, c'est parfois utile, voir révélateur. Aujourd'hui, je vous propose celles de "Sabri Aleel", un des grands succès de la chanteuse égyptienne Shereen.

 Une chanson d'amour, bien sûr, d'amour enflammé même : la passion version égyptienne. Bon, vous me direz : c'est de l'arabe, oui et de l'arabe dialectal égyptien du Caire en plus... Comment ça vous ne comprenez pas ?!  Mafeesh mushkela, pas de problème : la traduction sera bientôt disponible.

 

 

 

Sabri Aleel

 

Ana lagayya ullak irgâ', ismâ a'alashân ana sabri aleel.

Kulli marah tiHrab. Arraib a'ala eih. Inta imsaHarni illeil.

Akhadt minni ruHi, a'omri, a'akli iw sayibni bi âlbi a'aleel.

Inta lihobbak, inta imghalibni, ima'alâni iw imwarrini ilweil.

 

Ana lagayya ullak irgâ', ismâ a'alashân ana sabri aleel.

Kulli marah tiHrab. Arraib a'ala eih. Inta imsaHarni illeil.

Akhadt minni ruHi, a'omri, a'akli iw sayibni bi âlbi a'aleel.

Inta lihobbak, inta imghalibni, ima'alâni iw imwarrini ilweil.

 

A'ala addi ma bis-Har leilak, a'ala addi ma bitsibni ibnâr.

Ibtirmini bi asr a'oyunak wi itsibni bi wasti iltayyâr.

Nirgâ' âlbi yighanilak wi yigilak a'alashan tikhtâr winta wala inta hina.

Ana kont badub bigharâmak wi kallâmak wi salâmak. Yâh !

Yâ habeeb a'omri illi ramâni wala dawâni wala nadâni wala.

Ana mosh ha itâllem tâni, istanâni, ana tâ'bân, aah !

Dhayât a'omri ana.

 

Ana lagayya ullak irgâ', ismâ a'alashân ana sabri aleel.

Kulli marah tiHrab. Arraib a'ala eih. Inta imsaHarni illeil.

Akhadt minni ruHi, a'omri, a'akli iw sayibni bi âlbi a'aleel.

Inta lihobbak, inta imghalibni, ima'alâni iw imwarrini ilweil.

 

Ana fi boa'adak yâ habeebi ana, khallas ditmua' ila'ein.

Ana mosh a'arfah inta naseeni iw gariHni iw sâyibni lameen.

Bit-Hin a'alayya thawâni iw tinsâni yâ habeebi isneen. Iw mafeesh ma beynna lu-âa.

Awal akhirtna it-Hammal biHawak tinsâni wi tikhdâ'ni.

Wala marra habeebi tha'ibt a'aleik, winta bithâsa wi bitzogheil.

Kam marra iHtigt ana leik. Ana habeit, iwla-eitak wala ibtismâ'ni. IrHam domooa'i ana.

 

Ana lagayya ullak irgâ', ismâ a'alashân ana sabri aleel.

Kulli marah tiHrab. Arraib a'ala eih. Inta imsaHarni illeil.

Akhadt minni ruHi, a'omri, a'akli iw sayibni bi âlbi a'aleel.

Inta lihobbak, inta imghalibni, ima'alâni iw imwarrini ilweil.

 

La traduction arrive, promis, elle est en cours de vérification...

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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 08:18

C'est un sujet sur lequel je fais des recherches depuis déjà un peu plus de 10 ans. Lors de mes études d'histoire de l'art, j'avais bien entendu parler de l'art du stuc ; mais jamais de la gypserie provençale. C'est avec la visite d'une maison du XVIIe s., à Ollioules, que l'aventure a commencé. Devant la beauté de ce décor, je me suis pris de passion pour le sujet et j'ai eu l'occasion, depuis, de voir de nombreux autres ensembles tous aussi  fascinants.

La Maison du Patrimoine (début XVIIe s.), à Ollioules, par laquelle ma passion a commencé...

 

La gypserie est très proche du stuc dans le matériau et la technique, à une différence près : le stuc consiste en un mélange de plâtre, de chaux et de poudre de marbre, alors que la gypserie ne contient que du plâtre et de la chaux.

Une tête féminine en gypserie (XVIe s.), dans une maison Renaissance d'Ollioules...

Beaucoup d'idées reçues subsistent quant à cette technique ; considérée comme un "art mineur" par de nombreux historiens d'art, elle est pourtant un élément essentiel du décor architectural en Provence entre la fin du Moyen Age et le XIXe s., avec un véritable âge d'or du XVIe au XVIIIe s. D'autre part, on nie souvent l'originalité méridionale en prétendant, en un raccourci erroné, que cette technique serait venue d'Italie et aurait été pratiquée par des artistes venus de ce pays ; or, les textes nous montrent que les artistes qui mettent en oeuvre les gypseries sont dans leur écrasante majorité des Provençaux ; la mention d'artistes italiens vient souvent d'une confusion avec le stuc. Dans le sillage de la prétendue origine italienne, on a longtemps pensé que la gypserie était apparue avec la Renaissance ; or, les recherches récentes ont révélé qu'il existe déjà des gypseries au Moyen Age.

Escalier de l'hôtel de Mazan à Riez (Alpes-de-Haute-Provence), daté de 1524...

Ses origines restent obscures. Les Romains avaient introduit la technique du stuc, que l'on trouve un peu partout dans les riches villae ou les plus belles demeures urbaines. Cette technique se retrouve à l'époque mérovingienne, comme le montre l'exemple de l'arc stuqué de la crypte de St-Victor de Marseille. Puis un grand vide jusqu'au XVe s., à moins que les exemplaires identifiés par Mme Demian d'Archambaud ne datent effectivement du XIIe s.

L'une des pistes probables est l'origine arabe ; le décor architectural islamique utilise en effet le stuc, mais aussi une technique très proche de la gypserie encore pratiquée de nos jours dans des pays comme le Yémen. L'hypothèse est loin d'être farfelue ; on sait que les Arabes ont été présents dans le sud de la France durant le haut Moyen Age, n'en déplaise aux fables concernant Charles Martel ; d'autre part, que leur influence culturelle s'est faite par l'intermédiaire de l'Espagne (la Provence médiévale fut un temps gouvernée par les comtes de Barcelone, des princes chrétiens en contact avec le monde musulman ibérique) et de la Sicile (dont les comtes de Provence seront souverains), ainsi que lors des Croisades (auxquelles participèrent de nombreux seigneurs provençaux).

Escalier de la Maison Diamantée (début XVIIe s.) à Marseille...

Pour finir avec cette introduction, il nous faut parler des termes utilisés. Le terme "gypserie" est une francisation du terme provençal "gipparié", qui n'avait pas d'équivalent en français ; en provençal, "plâtre" se dit "gip". Le plâtre utilisé pour la gypserie provient de la cuisson d'un gypse de bonne qualité dont on trouve de nombreux gisements en Provence. De même, l'artiste qui met en oeuvre les gypseries est qualifié par le terme provençal de "gippier", parfois francisé en "gypier" ou plus rarement "gypsier". Le stuc est quant à lui appelé "estu" ("estuc" en provençal ancien) et le stucateur "estucaire", ce qui montre bien que pour les Provençaux les deux techniques sont différentes. L'adoption par le français de termes provençaux confirme enfin la spécificité de cet art.

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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 17:54

Après Shereen, un chanteur, et non des moindres. Amr Diab est sans doute l'une des plus grandes stars égyptiennes de la chanson et vraisemblablement le chanteur égyptien le plus connu en Occident. Sa discographie est impressionnante, avec un mélange assez réussi de traditions orientales et d'influences occidentales, le tout servi par une voix unique. Physiquement, la maturité va très bien, si on compare les couvertures des vieux albums et les plus récents...

 

 

De son vrai nom Amr Abd-al-Baset Abd-al-Aziz Diab, il est né en 1961 à Port-Saïd, en Egypte. Il commence le chant très jeune, est remarqué dès l'âge de 6 ans et fait des études musicales au Caire. Il rencontre dès le premier album un succès qui ne s'est jamais démenti depuis.

 

Sa discographie est comme je le disais très riche, avec de nombreux albums : le premier en 1983, "Ya Taree" ; "Ghanny Men Albak" (1984), "Hala Hala" (1986), "Khalseen" (1987), "Mayyal" (1988), "Shawa'na" (1989), "Matkhafesh" (1990), "Habibi" (1991), "Ayyamna" (1992), "Ya Omrena" (1993), "Weylomony" (1994), "Rag'een" (1995), "Nour El Ein" (1996) (album qui connaît un succès mondial et contribue à sa renommée internationale), "Awedony" (1998), "Amarain" (1999), "Tamally Ma'ak" (2000), "AKtar Wahed" (2001),  "Allem Alby" (2003), "Leily Nehary" (2004), "Kammel Kalamak" (2005).

 Quelques couvertures choisies :

  Le tout premier album, "Ya Taree" (1983)...

Le second, "Ghanny Men Albak" (1984)...

"Nour el-Ayn", l'album de la consécration internationale (1996)...

La chanson "Nour el-Ayn" inaugure le mélange de musique gitane hispanique et de musique orientale qui aura tant de succès dans les années 1990. On oublie souvent que le titre est d'Amr depuis la reprise d'Alabina avec les Gypsy King.

L'album "Amarein" (1999)...

Le titre "Amarein" propose un mélange de musique hispanique (aux accents cubains dans l'intro et gitans dans la chanson) et orientale ; rythmée et agréable. Le morceau " 'Alby", en duo avec Khaled et Cheb Mami, deux chanteurs algériens bien connus en France, expérimente la rencontre avec le raï.

Mais j'ai choisi de vous parler surtout du dernier album, "Kammel Kalamak". Le premier morceau, qui donne son nom à l'album, reprend la rencontre entre musique orientale et hispanique, avec des accents de guitare électrique et une orchestration atypique ; agréable. "We Maloh" s'inscrit plutôt dans le genre très prisé des chansons douces orientales actuelles, mais avec une nette influence occidentale (piano de l'intro, rythmique, guitare). "We hitayak aih" revient à la musique caractéristique du Proche-Orient, en y ajoutant un léger accent occidental ; excellent. "Aiam we Ben3eshha" est un mélange oriental, occidental et latino-américain ; le tout est intéressant. "Allah La Yehremny Minnak" est plus de la dance orientale, où les accents occidentaux et latino-américains se font plus discrets, plus subtils ; une très bonne chanson. "Oddam Eyounak" est plus franchement marqué par l'influence hispanique et latino, j'avoue moins adhérer. Avec "Aywa Ana 3Aref", c'est une ambiance que je qualifierais de "piano-bar latino à chanteur égyptien" ; là j'avoue ne pas adhérer du tout du tout...  L'album se termine sur "Betkhaby Leh", une ambiance plus "variété internationale" qui assume ses accents orientaux, assez réussi. Dans l'ensemble, c'est un bon album, qui caractérise bien cette particularité d'Amr Diab d'aller explorer des rencontres avec différents genres musicaux d'horizons variés, et un registre se plaçant plutôt dans la douceur  ; on y sent plus de maturité.

Vous l'aurez compris, je ne suis pas un inconditionnel d' Amr Diab, auquel je préfère des artistes au style moins influencé par la variété occidentale. Question de goût. Mais j'aime néanmoins certaines chansons et j'apprécie la voix du chanteur.  Le seul vrai reproche : le danger d'un formatage destiné à toucher les marchés occidentaux.

Enfin, un lien vers le site-officiel d'Amr Diab.

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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 17:22

"Rien n'est plus animé que l'aspect des rues du Caire. Imaginez 30 000 personnes trottant ou galopant sur des ânes dans des rues étroites et tortueuses. On est bientôt emporté dans ce tourbillon. Assourdi par le cri des âniers et des passants, attentif à ne pas écraser les femmes et les enfants qui sont tranquillement assis par terre au milieu de ce tumulte, à ne pas heurter les aveugles qui s'y promènent, à ne pas laisser une partie de ses vêtements ou de sa personne au milieu de la cohue qui le froisse ou le heurte à toute minute, l'étranger qui se trouve pour la première fois dans les rues du Caire est en proie à une inquiétude continuelle."

 

(Jean-Jacques AMPERE (1800-1864), écrivain et académicien, fils du célèbre physicien)

 

Une rue au Caire (source : voyage-en-egypte )

 

Cette citation est étonnante car elle reflète bien l'une des impressions que l'on a en arrivant au Caire, plus d'un siècle plus tard. Certes, les voitures, les taxis et les bus ont fait leur apparition, mais les ânes et les charrettes sont toujours là ; la ville a changé, elle s'est "modernisée", s'est étendue, dotée de grandes artères, mais on a toujours cette impression de bouillonnement, d'effervescence continue. Quel que soit le véhicule utilisé, la première sortie au Caire réserve quelques belles frayeurs ! Et puis on est "emporté dans ce tourbillon", comme le dit Ampère...

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