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  • : Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
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Fermeture définitive de la Cité dimanche 27 mai 2007.

Vieux Papyrus

Notre Cité

4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 09:14

L'île de Rodah, au Caire, à laquelle les Bahri Mamlûk doivent leur nom, puisque leur caserne y était située.

Es-Saleh Nigm ed-Din Ayyub (1240-1249), sultan ayyubide égyptien successeur du célèbre Salah ed-Din (Saladin), avait épousé l'une de ses esclaves Mamlûk, Shagarat ed-Dur, une Arménienne. C'est lui qui a favorisé le recours massif aux esclaves Mamlûk qui allaient avoir un tel impact sur l'histoire égyptienne. En effet, il crée sa propre garde mamlûk composée de Turcs, la Bahreyya es-Saleheyya ; leur caserne est en effet installée sur l'île de Roda, au Caire : c'est celle-ci qui leur a valu leur nom de Bahri Mamlûk.1 La plupart viennent de Russie et d'Uraine méridionale, du Kipchak, et ce sont des Turcs Koumans, des Petchenègues. Ils forment la garde et le corps d'élite des souverains ayyubides d'Egypte.

La zone d'origine de la plupart des Bahri Mamlûk, de l'Oural au Caucase.

Des guerriers farouches qui seront longtemps parmi les meilleurs de leur temps et feront la puissance militaire de l'Egypte mamlûk.

Louis IX, roi de France, débarque à Damiette en juin 1249 pour la VIIe croisade. Es-Saleh Nigm ed-Din Ayyub, malade de la tuberculose, cherche à négocier, puis gagne Mansurah, où les Français se préparent à attaquer ; mais le sultan meurt en novembre 1249. Les Mamlûk turcs parviennent à mettre en déroute l'armée des croisés au début de 1250, les obligent à se replier sur Damiette et finissent par capturer le roi de France. La croisade est un échec cuisant et, après paiement d'une rançon considérable, Louis IX quitte l'Egypte avec ses troupes en mai 1250. C'est une grande victoire pour les Mamlûk, qui ne s'arrêtent pas là.

Le désastre de la croisade en Egypte du roi de France Louis IX fournit aux Bahri Mamlûk l'occasion d'affirmer leur pouvoir.

Le nouveau sultan, el-Mu'adham, fait obstacle à leurs ambitions et entre en conflit avec les principaux officiers mamlûk. Le 2 mai 1250, lors d'un banquet, les Mamlûk se révoltent et assassinent el-Mu'adham. Ils nomment sultane Shagarat ed-Dur2, qui ne règne personnellement que quelques mois. Elle est bientôt contrainte d'épouser le commandant en chef des Mamlûk, 'Izz ed-Dîn Aybak, qui fonde ainsi la dynastie Bahri Mamlûk, en 1250. C'est el-Mansûr Nûr ed-Dîn 'Ali ibn Aybak qui prendra le premier le titre de sultan d'Egypte.

Un redoutable cavalier koman, rapide et habile dans le maniement de l'arc à cheval.

 

Les souverains de la dynastie Bahri Mamlûk :

el-Mu'izz 'Ezz ed-Dîn Aybak (1250-1257)
el-Mansûr Nûr ed-Dîn ibn Aybak (1257-1259)
el-Muzaffar Seyf ed-Dîn Qutuz (1259-1260)
ez-Zâher Rukn ed-Dîn Baybars el-Bunduqdari, dit Baybars I (1260-1277)
es-Sa'id Nâsir ed-Dîn Baraka Khân ibn Baybars (1277-1280)
el-'Adel Badr ed-Dîn Sâlâmish ez-Zâher Baybars (1280)
el-Mansûr Seyf ed-Dîn Qalâwûn (1280-1290)
el-Ashraf Sâlah ed-Dîn Khalîl ibn Qalâwûn (1290-1293)
en-Nâsir Mohammed ibn Qalâwûn (1293-1294) (1er règne)
el-'Adel Zeyn ed-Dîn Katubghâ el-Mansûr (1294-1296) (rival du précédent)
el-Mansûr Hosâm ed-Dîn Lagîn (1296-1298) (usurpateur)
en-Nâsir Mohammed ibn Qalâwûn (1298-1309) (2e règne)
el-Muzaffar Rukn ed-Dîn Baybars el-Gashankir, dit Baybars II (1309) (usurpateur)
en-Nâsir Mohammed ibn Qalâwûn (1309-1340) (3e règne)
el-Mansûr Seyf ed-Dîn Abu Bakr ibn en-Nâsir Mohammed (1340-1341)
el-Ashraf 'Alâ' ed-Dîn ibn en-Nâsir Mohammed (1341-1342)
en-Nâsir Shahab ed-Dîn Ahmed ibn en-Nâsir Mohammed (1342)
es-Sâleh Emad ed-Dîn Isma'il ibn en-Nâsir Mohammed (1342-1345)
el-Kamil Seyf ed-Dîn Shabân ibn en-Nâsir Mohammed (1345-1346)
el-Muzaffar Zeyn ed-Dîn Haggî ibn en-Nâsir Mohammed (1346-1347)
en-Nâsir Nâsir ed-Dîn Hasan ibn en-Nâsir Mohammed (1347-1351) (1er règne)
es-Sâleh ed-Dîn Sâleh ibn en-Nâsir Mohammed (1351-1354)
en-Nâsir Nâsir ed-Dîn el-Hasan ibn en-Nâsir Mohammed (1354-1361) (2e règne)
el-Mansûr Sâleh ed-Dîn Mohammed ibn Haggî ibn Qalâwûn (1361-1363)
el-Ashraf Zeyn ed-Dîn Shabân ibn Hasan ibn Qalâwûn (1363-1376)
el-Mansûr 'Alâ' ed-Dîn 'Ali ibn Shabân (1376-1381)
es-Sâleh Zeyn ed-Dîn Haggî (1381-1382) 

 

 

1-  Bahri Mamlûk : "Mamlûk du Fleuve". En arabe égyptien, bahr signifie « la mer », mais désigne aussi « le fleuve », c'est-à-dire le Nil ; un double sens similaire existait d'ailleurs déjà en ancien égyptien.

2-  Ainsi c'est par l'intermédiaire d'une femme, qui fut à la fois la dernière souveraine ayyubide et la première souveraine mamlûk, que les Mamlûk sont arrivés au pouvoir en Egypte... Nous allons voir son destin exceptionnel dans un prochain article.

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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 14:23

Ce mois-ci, dans Beit Masr, je vous proposerai de découvrir une période fascinante de l'histoire de l'Egypte : celle des Mamlûk. Pourquoi cette période plutôt qu'une autre ? D'abord, parce que c'est elle qui marque le plus le paysage architectural du Caire ancien aujourd'hui, et que c'est principalement cette période que j'ai pu aborder au cours de mon récent voyage ; et comme rien n'est jamais hasard, j'ai voulu, à mon retour, en apprendre plus sur cette période... D'où l'envie de partager avec vous les informations que j'ai glanées. Ensuite, justement parce que c'est une période qui se révèle passionnante dès qu'on prend le temps de s'y intéresser. Dans ce premier article, nous verrons ce qu'est exactement ce qu'on appelle un Mamlûk. Ensuite, nous parcourerons l'histoire des deux dynasties mamlûk qui ont régné sur l'Egypte, et nous attarderons à l'occasion d'articles sur certains personnages marquants. Enfin, bien entendu, nous évoquerons aussi l'art mamlûk, dont nous avons déjà rencontré quelques exemples.

 

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Vase d'époque mamlûk montrant une frise de cavaliers sur la panse

 (XIVe s., verre émaillé et doré, Metropolitan Museum, NY)

 

Le mot Mamlûk  vient de l'arabe malaka, qui signifie « posséder », ce qui est lié au fait que les Mamlûk étaient des esclaves, comme nous le verrons.

Les Mamlûk sont des esclaves que les gouverneurs représentant les califes achetaient par l'intermédiaire de marchands et faisaient venir en Egypte. Les premiers Mamlûk apparaissent au IXe s. à l'époque abbasside. Ce seront toujours des esclaves non musulmans : des chrétiens Europe orientale (Slaves et Grecs), mais surtout des turcophones d'Asie Centrale (Turkestan actuel, entre autres), du Caucase (Circassiens) et d'Ukraine méridionale (plaine du Kipchak).

Achetés ou enlevés lors de razzias encore enfants, ils étaient convertis à l'Islam, recevaient une éducation religieuse, un entraînement militaire très complet et étaient enrôlés dans l'armée. Ces enfants étaient choisis en fonction de leurs qualités physiques, de leur endurance et de leur absence de liens familiaux. Le sultan se réservait les meilleurs éléments et forme des troupes d'élite ; les émirs disposaient de troupes de Mamlûk moins prestigieuses. Les Mamlûk, grâce à la qualité de leur formation militaire, constituaient une des armées les plus puissantes de leur époque. Beaucoup parvenaient à faire carrière dans l'armée et, quand ils avaient atteint un grade ou un âge suffisant, ils pouvaient obtenir d'être affranchis par leurs maîtres auxquels ils prêtaient un serment de loyauté à vie. Beaucoup parvinrent à de hautes fonctions. Cet avancement dépendait des qualités personnelles du Mamlûk et était encadré du point de vue juridique. A terme, les Mamlûk parvinrent à organiser leurs propres armées privées en important eux-mêmes de nouveaux Mamlûk, jouant un rôle de plus en plus important dans la vie politique égyptienne, jusqu'à s'emparer du pouvoir.

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Cavalier mamluk sur une pièce d'orfèvrerie

(XIIIe s. , Musée d'Art Islamique, Le Caire)

 

Le statut de Mamlûk est très particulier et perdurera jusqu'à ce que Mohammed 'Ali fasse massacrer les chefs mamlûk en 1811. Le Mamlûk est obligatoirement d'extraction servile et non musulman d'origine ; ce qui fait que l'état de Mamlûk ne se transmet pas à leurs enfants, qui naissent musulmans et se fondent à la population. Ce sera ce qui fera toute la difficulté lorsque les souverains mamlûk de l'Egypte auront des prétentions dynastiques. Les Mamlûk ont un esprit de corps, l'asabeyya, qui les lie à leur ancien maître et aux autres Mamlûk qui ont été formés en même temps qu'eux, ce qui a également son importance dans leur histoire. En ce qui concerne leurs revenus, les Mamlûks reçoivent une solde, mais se livrent également au commerce très lucratif des épices.

A l'époque où les Mamlûk régnaient sur l'Egypte, ils composaient essentiellement la cour et l'armée. Les postes civils de l'administration, les finances, la justice et les différents métiers restaient aux mains des Egyptiens de souche. On distingue en Egypte deux dynasties mamlûk qui ont régné successivement sur le pays du XIIIe au XVIe s. : les Bahri Mamlûk (1250-1382) et les Burgi Mamlûk (1382- 1517).

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30 janvier 2007 2 30 /01 /janvier /2007 08:16

 La salle de prière

 

Le sultan el-Ashraf Barsbay, mamlûk d'origine circassienne acheté par Barqûq, régna de 1422 à 1438. Son complexe funéraire a été construit dans le cimetière nord du Caire en 1432 ; il couvrait à l'origine une surface importante, mais beaucoup de dépendances ont aujourd'hui disparu. Il comprend une madrasa, un khânqâh et 3 mausolées. Il hébergeait à l'origine 17 Sûfi et la madrasa était destinée aux Sûfi étudiant le rite Hanafi. On appelle cet ensemble Khânqâh d'al-Ashraf Barsbay, madrasa d'al-Ashraf Barsbay ou complexe funéraire d'al-Ashraf Barsbay ; on trouve également les noms de Ma'bad ou Qubbat Ma'bad er-Rifa'i.

L'ornementation scuptée du dôme principal


 

Des quatre dômes d'origine, seuls trois sont conservés. Le plus grand, qui est sans doute également le plus ancien, couvre le mausolée du sultan ; c'est la première fois que le motif d'étoiles entrelacées est sculpté dans la pierre sur un dôme, se distinguant ainsi des dômes ornés de zig-zags utilisés jusque là à l'époque mamlûk. Le dôme lui-même adopte la forme caractéristique du style mamlûk tardif, se terminant au sommet par une pointe à la pente prononcée. Les deux autres dômes, au nord et à l'est, couvrent de petits mausolées aménagés pour divers parents du sultan et l'émir Gani Bak el-Ashrafi ; ils adoptent eux aussi le décor d'étoiles entrelacées.

Le sol de marbre de la salle de prière

En façade principale, le portail d'entrée rompt lui aussi avec le type habituel de l'architecture mamlûk, avec voûte à stalactites, et se compose d'une voûte trilobée dans laquelle des arêtes remplacent les muqarna. Ce type de portail deviendra un motif caractéristique de l'architecture mamlûk tardive et de la période ottomane. Il ouvre sur un vestibule voûté sur croisée d'ogives, qui forme un retour pour mener à la salle de prière. Cette dernière est également originale pour cette période : c'est une salle oblongue d'environ 20m par 15m dont la couverture repose sur deux paires de colonnes supportant trois arcs parallèles à la qibla ; ce plan à trois nefs diffère ainsi des modèles antérieurs cruciformes ou hypostyles. Le sol de la nef centrale est un peu plus bas que celui des ailes latérales et des fenêtres laissent entrer la lumière à l'est et à l'ouest. La décoration elle-même est originale, avec des murs nus simplement rehaussés par les fenêtres décorées de vitraux de stuc et de verre coloré, et un sol formé d'une marqueterie de marbre polychrome d'une grande qualité ; le mihrâb est très sobre, en pierre unie, et ce dépouillement est caractéristique de cette période. Le plafond de bois peint, quant à lui, n'est pas d'origine et est attribuable à une restauration d'époque ottomane. Le minbar en bois sculpté, offert en 1453, est sans doute l'un des plus beaux exemples de la période mamlûk au Caire ; il présente un riche décor d'entrelacs en forme d'étoile, avec des incrustations d'ivoire.

Le magnifique minbar


 

Le mausolée s'ouvre au nord de la salle de prière, dans l'axe de la nef centrale. On pense que le sultan a réutilisé des éléments de bâtiments antérieurs pour la décoration de son mausolée, en particulier le mihrâb, qui correspond à un type du XIIIe-début XIVe s., tout comme le sol de la salle de prière. Le sultan repose dans un cénotaphe de marbre situé devant le mihrâb ; il a en effet préféré être inhumé dans ce mausolée plutôt que dans celui qu'il avait construit en 1425 en ville, près du complexe de Qalâ'ûn, à l'angle des rues el-Mu'izz et Muski.

Le mirhâb du mausolée et le tombeau du sultan

Sur le côté sud du complexe se trouvent les vestiges de la résidence des étudiants (rab'). Contrairement à ce que l'on trouve dans les édifices antérieurs, il ne s'agit pas d'appartements composés d'une seule pièce, mais d'un ensemble de deux pièces en duplex, sur deux étages, avec des latrines pour chaque appartement. La pièce située à l'étage ouvre sur la rue par une large fenêtre.


A l'origine, le complexe s'étendait des deux côtés de la rue. En face du bâtiment principal, il y avait ainsi une zawiya destinée à l'ordre Rifa'i ; il n'en reste qu'un grand dôme. Cette zawiya avait été restaurée en 1478. Ce dôme est fait de brique et ne comporte aucun décor à l'extérieur ; à l'intérieur, la coupole repose sur des pendentifs au lieu des muqarna habituels ; ces pendentifs ont été remaniés et dotés de trilobes rappelant le portail du khanqah. Il y avait à l'origine une seconde zawiya, ce qui est alors une nouveauté. Parmi les dépendances disparues se trouvaient enfin deux fontaines (sabil).

Une tombe secondaire


Le complexe de Barsbay témoigne d'une évolution du sufisme ; à cette époque, les khanqah préparaient les jeunes sûfi à exercer des fonctions professionnelles et administratives, ce qui explique les différences architecturales par rapport aux ensembles des époques précédentes, durant lesquelles l'enseignement était plutôt tourné vers le mysticisme. En particulier la séparation qu'on observe ici entre la salle de prière et la partie destinée au logement des étudiants.




Références :

  •  archnet

  •  touregypt

  • Ernst J. Grube dir., Architecture of the Islamic World, éd. Thames & Hudson, Londres, 1987.

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30 janvier 2007 2 30 /01 /janvier /2007 06:36

 

Depuis la cour intérieure, le sanctuaire et deux dômes : le grand dôme du mausolée de Barqûq et le petit dôme marquant le mirhâb sur la qibla

Le Khânqâh de Barqûq, sultan de 1382 à 1399, fut construit par son fils, le sultan en-Nasir Faraj ibn Barqûq, de 1399 à 1411, qui respectait ainsi le voeur de son père d'être inhumé près des mausolées sûfi du cimetière Nord du Caire. L'emplacement n'est pas anodin, puisque que ce complexe s'élève près du mausolée d'Anas, le père de Barqûq, édifié en 1382. Barqûq est ainsi le premier Burgi Mamlûk à être enterré dans le désert près des tombeaux des sheikh sûfi. Ce khânqâh est un des monuments majeurs du Caire islamique et l'un des plus importants mausolées du cimetière Nord.


Le sultan en-Nasir Faraj ibn Barqûq connut un destin tragique : monté sur le trône à l'âge de 10 ans, il dut faire face à des intrigues et révoltes en Syrie, où il sera finalement détrôné et assassiné à l'âge de 23 ans. Son règne étant ainsi émaillé par les intrigues incessantes et les rivalités entre les émirs, il est extraordinaire qu'il soit parvenu à construire cependant un monument aussi remarquable que celui-ci.


Le complexe avait été conçu à l'origine comme devant être le centre d'une vaste zone résidentielle comprenant des espaces d'habitation, des cuisines, des bains, des boulangeries avec leur moulin à blé, un petit marché. En effet, les cimetières médiévaux en contexte musulman étaient souvent assortis de résidences, tant pour le confort des familles aisées rendant visite au tombeau de leurs ancêtres que pour l'hébergement d'étudiants et de Sûfi. Mais en-Nasir Faraj ibn Barqûq mourut avant d'avoir pu réaliser ce grand projet.


Le khânqâh fut inauguré dès 1410 si on en croit l'historien médiéval el-Mazriqi, bien que la dernière inscription soit datée de 1411. Quarante Sûfi y furent affectés !

De superbes vitraux formés de morceaux de verre aux couleurs extraordinaires dans un réseau en stuc


 

On trouve ici, ce qui est un cas unique, beaucoup d'éléments doubles : deux minarets, deux grands dômes et deux sabil-kuttab, un à chaque extrémité de la grande façade. Le bâtiment est caractéristique du style Bahri, qui marque le milieu de la période Burgi Mamlûk ; l'un des éléments typiques est le caractère massif de l'ensemble. Bénéficiant d'un vaste espace libre et non contraints par la présence d'édifices antérieurs, les architectes ont pu développer une structure symétrique de très grandes dimensions. Ne s'appuyant contre aucun autre bâtiment, le khânqâh dispose ainsi de quatre façades intéressantes. Un premier portail situé dans l'angle sud-ouest donne accès à l'intérieur du complexe ; il s'ouvre près d'un premier sabil-kuttab situé à sa gauche. Un autre portail s'ouvre sur la façade nord, avec un second sabil-kuttab sur son côté ouest. Les deux portails sont différents dans leurs détails, mais tous deux comportent une voûte triconque à muqarna et le blason du fondateur dans un cercle. Sur le côté nord, près du portail, une série d'arcades reliait à l'origine l'ensemble avec le mausolée d'Anas, le père de Barqûq, fondateur de la dynastie.


Tout autour du sommet de la façade court un bandeau d'inscriptions (tiraz). A chacune des extrémités de la façade est s'élèvent de grands dômes de pierre couvrant les deux mausolées ; au centre, un dôme plus petit en brique marque l'emplacement du mihrâb. Les dômes des mausolées sont les plus grands et les plus anciens dômes de pierre mamlûk du Caire, avec un diamètre d'environ 14m ; seul le dôme de bois de l'Imâm Shafi'i dépasse de peu ces dimensions. Selon l'usage de cette époque, ils sont décorés à l'extérieur d'un motif de zigs-zags ou chevrons.

L'un des minarets


 

Les minarets identiques s'élèvent au-dessus de la façade nord ; ils ont ceci de particulier qu'on passe du plan quadrangulaire de la base au plan circulaire des étages supérieurs sans l'habituelle transition octogonale. Ils rappellent ceux de la mosquée de en-Nasir Muhammad (1318-1335) dans la Citadelle du Caire.

Le corridor percé de ses deux puits de lumière


 

A l'intérieur, l'édifice se présente comme une mosquée à cour centrale entourée d'arcades reposant sur des piliers. Le sanctuaire est placé du côté est, flanqué par les mausolées couverts de leurs dômes. C'est la première mosquée de ce type à être associée à des espaces d'habitation. Habituellement, dans le cas de mosquées associées à une madrasa, on optait pour le plan à 4 îwân, avec les logements des étudiants ouvrant à l'extérieur, côté rue ; un bon exemple est la mosquée-madrasa du sultan Hasan (1356-1359). Dans les khânqâh, au contraire, les structures d'habitation sont tournées vers l'intérieur, pour renforcer l'isolement mystique des Sûfi. Cependant, un certain nombre d'espaces résidentiels de ce khânqâh ont des fenêtres sur l'extérieur, qui donnaient à l'origine sur le désert et le cimetière environnant.


Le seuil du corridor formé de fragments antiques : en haut, un cartouche ; en bas, la jambe d'un personnage

En passant du vestibule dans le corridor menant à la cour, on franchit un seuil formé d'un bloc sculpté d'époque pharaonique ; symboliquement, cela signifie fouler aux pieds le paganisme. Les puits percés dans la voûte du long corridor permettent à la fois de laisser entrer la lumière et de fournir une circulation d'air. Il ne reste que quelques vestiges de la fontaine aux ablutions au centre de la cour. Aux quatre angles de la cour s'ouvrent des portes marquées par des redans et surmontées d'arcs en plein cintre aux voussoirs en zig-zag qui font penser à la madrasa de Barqûq. Des riwâq précèdent les cellules d'habitation ; le plafond qui surmonte les arcades est composé de petits dômes de brique rappelant des modèles syriens ou anatoliens. On gagne l'étage supérieur par un escalier placé dans l'angle nord-ouest de la cour. Des dépendances, telles que bains, moulin et cuisines, occupent le côté sud.

Le splendide minbar de pierre offert par Qayit Bay


 

Du point de vue décoratif, l'ensemble est très sobre, ce qui semble indiquer que le décor n'a pas été achevé en raison des difficultés du règne. Seules les fenêtres du sanctuaire sont ornées de vitraux de stuc et verre coloré. Le mihrâb est lisse, en pierre brute, flanqué de deux niches plus petites. Le minbar de pierre, avec ses panneaux sculptés de motifs géométriques et floraux imitant la sculpture sur bois, a été ajouté par le sultan Qayit Bay en 1483. On trouve enfin dans le sanctuaire une superbe dekka, plate-forme courante à cette époque.

Les mashrabeyyat menant au mausolée de Barqûq


 

Le mausolée nord est destiné à Barqûq et et à son fils Faraj ; le mausolée sud abrite quant à lui les tombeaux des filles de Barqûq, Shiriz et Shakra, ainsi que ceux de leurs nourrices. Les entrées des deux mausolées sont garnies mashrabeyyat de bois à motifs géométriques. Contrairement au reste du monument, les deux mausolées sont richement décorés de lambris de marbre. L'intérieur des coupoles est peint de motifs évoquant des décors de marbre ; ces coupoles reposent sur des pendentifs triangulaires sculptés de muqarna. Les parties hautes sont les plus décorées, selon une symbolique caractéristique de l'architecture religieuse de l'Egypte musulmane : le regard du visiteur est attiré vers le haut, donc vers le ciel...

Le sabil-kuttab de l'entrée principale


 


Références :

  • archnet

  •  touregypt

  • Ernst J. Grube dir., Architecture of the Islamic World, éd. Thames & Hudson, Londres, 1987.

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 11:17

Le dernier des mausolées mamluk que nous avons visité dans le cimetière nord du Caire, celui de Qayit Bay, avec ses extraordinaires vitraux. Je vous avais présenté cet ensemble architectural dans un précédent article.

 

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 11:14

Un second mausolée mamluk du cimetière nord du Caire, lui aussi d'une grande beauté.

 

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 11:10

Une merveille d'époque mamluk dans le cimetière nord du Caire : le khanqah de Barqûq. Je vous laisse admirer, je raconterai plus tard notre visite des mausolées mamluk dans la fameuse Cité des Morts.

 

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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 22:16

La visite de la mosquée Ibn Tûlûn, au Caire, a été un des grands moments du voyage, un rêve de longue date qui s'est réalisé. Je vous raconterai cette découverte une autre fois. Aujourd'hui, je vous propose simplement une promenade en images dans ce lieu magique...

Je vous avais déjà présenté ce monument dans un article, ainsi que son contexte historique.

 

La chanson "Ahl Almadina" est interprétée par Arwa, sur son album "Enta Arefni" (2006).

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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 23:15

On compte pas moins d'une douzaine de langues qui sont pratiquées dans l'Egypte contemporaine. La langue officielle est ce qu'on appelle l'arabe standard, intermédiaire moderne entre l'arabe littéraire et les principaux dialectes qui a été adopté dans tout le monde arabe, aussi bien au Mashreq que dans le Maghreb ; c'est essentiellement la langue écrite, ou soutenue. La langue orale est plutôt l'arabe égyptien.


 

L'arabe égyptien (ou masri) est la langue orale pratiquée par la grande majorité de la population égyptienne ; on l'appelle aussi quelquefois arabe égyptien standard ou arabe égyptien de Basse Egypte. On distingue en son sein plusieurs dialectes, dont le principal est le dialecte cairote, à côté duquel on trouve le dialecte du nord du Delta et celui du centre et du sud du Delta. Les médias égyptiens (radios, télévision, cinéma, chanson...) ont établi à l'oral un arabe égyptien standard basé sur le parler du Caire, compris par l'essentiel de la population, même dans les zones où on parle un autre dialecte. Le dialecte cairote est de ce fait le plus largement répandu ; il résulte d'un mélange entre le dialecte arabe du Delta et l'arabe de Moyenne Egypte, avec des emprunts à l'arabe littéraire. Le masri est assez répandu au Mashreq, car il est une forme qui est compréhensible par de nombreux autres dialectes de la région.


L'arabe sa'idi est celui de l'Egypte du sud, entre les limites de l'influence cairote et la frontière du Soudan. On distingue au sein du sa'idi le dialecte de Moyenne Egypte (Beni Suef, Fayyum, Gizeh) et le dialecte de Haute Egypte, d'Asyut à la frontière du Soudan. Les Egyptiens de Haute-Egypte sont d'ailleurs souvent appelés Sa'idi et il existe une tradition musicale sa'idi originale, illustrée par des gens comme Sheikh Ahmad Barrayn (ses disques, à défaut d'aller en Haute-Egypte ou pour s'y préparer, sont une bonne occasion d'entendre du sa'idi).


 

Vient ensuite l'arabe bédouin (ou bedawi) dans lequel on distingue :


le bedawi égyptien oriental, ou arabe bedawi du Levant, parlé par les Bédouins du Sinaï et des côtes de la mer Rouge ; il est proche de certains dialectes du Hijaz, au nord-ouest de l'Arabie Saoudite. On le retrouve, avec des variantes, chez les Bédouins de Palestine, de Jordanie et de Syrie.


le bedawi égyptien occidental, dit aussi arabe libyen, parlé par les Bédouins vivant entre Alexandrie et la frontière Libyenne.

On oublie souvent que l'Egypte compte aussi des communautés bédouines, même si la sédentarisation tend à menacer leur culture de disparition dans les zones où les Bédouins ne sont pas majoritaires.


 

Le copte est une langue sémitique  qui a hérité d'une partie de la langue de l'Egypte antique ; c'est une langue morte qui n'est plus utilisée que comme la langue religieuse des Coptes, chrétiens d'Egypte. Le copte, comme l'arabe stantdard ou l'arabe littéraire, est une langue écrite, avec des caractères pour l'essentiel empruntés au grec.


A côté de ces langues sémitiques relevant ou non de l'arabe, on trouve également des langues non sémitiques.


Le domari est la langue des gitans musulmans d'Egypte, les Ghagars, qui vivent principalement dans le governorat de Dakahlia, au nord du Caire ; il comprend les dialectes nawar et helebi. Cette langue est originaire d'Iran.


 

D'importantes minorités nubiennes parlent des langues dites « nilo-sahariennes » ou « nubiennes nilotiques» ; en relèvent essentiellement :


le kenuzi-dongola, langue d'un groupe ethnique de l'Egypte et du Soudan ; en Egypte, on la trouve dans la haute vallée du Nil, surtout à Kom Ombo. Mais cette langue est peu à peu délaissée au profit du masri ou du sa'idi.


le nobiin, ou fiadidja-mahas, qu'on trouve dans les provinces du nord depuis le nord de Burgeg jusqu'à la frontière égyptienne à Wadi Halfa, mais surtout dans la haute vallée du Nil, en particulier dans les environs de Kom Ombo. Cette langue est aussi pratiquée par des populations du Soudan. Le nobiin est héritier de l'ancienne langue nubienne de l'antiquité, qui sera une langue écrite jusqu'au XVe s.



Il existe également une langue berbère, le siwi, pratiquée dans le désert du nord-ouest du pays, dans l'oasis de Siwa et divers villages isolés des oasis de l'ouest. Cette langue a peu de parentés avec les autres langues berbères.


 

Enfin sont pratiquées des langues européennes (en particulier le grec, avec une importante minorité à Alexandrie, ou l'italien), ainsi que l'arménien ou l'albanais.


Etonnante, n'est-ce pas, cette variété des langues qu'on ne soupçonne guère vu de l'extérieur et qui réflète l'histoire de l'Egypte, marquée au fil des siècles par le mélange de populations venues d'horizons divers.

Rassurez-vous pour le côté pratique si vous allez en Egypte :

si vous ne parlez pas arabe, il y aura toujours une langue occidentale dans laquelle vous pourrez vous faire comprendre ; beaucoup d'Egyptiens parlent anglais et français. Les langues étrangères sont d'ailleurs une partie importante du cursus des lycéens et étudiants égyptiens.

si vous ne connaissez que l'arabe standard, ou même le véritable arabe littéraire, on sourira mais dans l'ensemble on vous comprendra ; et on sera tellement content que vous fassiez l'effort de parler un peu arabe qu'on vous apprendra gentiment comment dire la même chose en masri.

si vous apprenez l'égyptien, c'est en général le masri qui est enseigné dans les cours, et très souvent même le cairote. Comme cela est dit plus haut, le cairote est compris aussi en Haute-Egypte.

 

Donc, mafeesh mushkela, pas de problème !  

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20 octobre 2006 5 20 /10 /octobre /2006 08:01
 

Ce musée, qui ouvre sur shari' Bur Said (rue Port-Said) et shari' Mohammad 'Alî, à deux pas de la place Ataba, fut commencé en 1899 et inauguré en 1903 ; c'est un bâtiment qu'on peut qualifier de style néo-mamluk. L'idée de créer un musée d'art islamique émergea cependant dès le milieu du XIXe s. C'est à cette époque l'ingénieur Franz Pacha qui avait rassemblé un certain nombre d'oeuvres et de pièces se trouvant dans des monuments du Caire et dans les ruines de Fustat. Il réunit ainsi quelque 3 000 pièces qui s'entassaient dans la mosquée al-Hakim.


Il rassemble aujourd'hui, dans 23 salles, une des plus riches collections au monde d'art islamique, couvrant une période allant du VIIe à la fin du XIXe s. Les pièces de cette collection proviennent non seulement d'Egypte, mais aussi de tout le monde arabe et même des pays plus lointains dont l'art a été influencé par l'islam.Ce sont en tout plus de 102 000 pièces qui y sont rassemblées, illustrant tous les domaines de l'art islamique : ébénisterie, plafonds à caissons et mashrabeya, plâtres et stucs exceptionnels, textiles, monnaies, ferronneries, céramiques et verreries.


Voici quelques joyaux de ces collections - difficile de faire un choix parmi tous ces trésors, croyez-moi :

Parmi les plus anciennes pièces égyptiennes figurent les précieuses collections d'époque fatimide, dont des décors sculptés qui sont les derniers témoins d'un palais d'al-Qahira de cette période. Un florilège des différents types d'objets présentés :

Panneau incrusté d'animaux

(Xe s., époque fatimide, bois avec marqueterie d'ivoire et de pâte noire, provient d'Edfu).

Frise aux paons provenant du palais occidental d'al-Qahira

(Xe - XIe s. , époque fatimide, marbre)

Plat à la gazelle

(XIe s. , époque fatimide, céramique à décor lustré)

 Deux guerriers

(XIe s. , époque fatimide, dessin à l'encre sur papier, trouvé à Fustat)

Mihrâb de la mosquée Sayyeda Nefisa

(1145-1146, époque fatimide, différentes essences de bois sculpté)

La période ayyubide est également représentée, j'en ai retenu une pièce étonnante :

Fragment de vêtement

(XIIIe s. , époque ayyubide, lin)

 

Pour la période mamluk, ce sont surtout les collections de lampes de mosquées émaillées, des meubles marquetés, ainsi que des objets comme les boîtes à Coran.

 

 

Lampe de la madrasa du Sultan Hassan

(XIVe s. , époque mamluk, verre incrusté d'émail)

Lanterne du Sultan Hassan

(XIVe s. , époque mamluk, laiton ajouré)

Flacon à parfum du Sultan al-Nasir Hassan

(XIVe s. , époque mamluk, cuivre incrusté d'or et d'argent)

Boîte à Coran du Sultan Qansuh al-Ghawri

(XVIe s. , époque mamluk tardive, bois sculpté)

 

 

La période ottomane est bien représentée par une riche collection de tapis iraniens et turcs, ainsi qu'une fontaine du XIXe s. provenant de l'île de Rhoda, l'une des pièces maîtresses de cette période.

 

 

Ce sera à n'en pas douter un des moments forts de notre séjour au Caire, nous allons là aussi en prendre plien les yeux et vivre de grands moments d'émotion devant ces oeuvres remarquables.

 

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