Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré

الأقصر
Après notre départ précipité de Paris, lié à l'incident de l'oubli de mon appareil photo, le voyage en direction de l'Egypte peut débuter... Tout s'est fait si vite que j'ai à peine le temps de réaliser que je suis enfermé dans un avion - une expérience toujours aussi désagréable, malgré le désir de gagner au plus vite la vallée du Nil... L'inconvénient d'un vol de nuit, c'est que l'on ne peut pas réaliser où on se trouve, la nuit noie tout dans un aspect uniforme. Nous survolons la France, puis les Alpes, la côte orientale de l'Italie, gagnons la Grèce, la Crète, et de là Alexandrie, la porte immémoriale de l'Egypte. J'ai en tête les récits des voyageurs du passé racontant le début de leur périple par l'arrivée à Alexandrie, Alexandrie que nous n'apercevrons même pas malgré nos efforts. Pourtant bientôt vient une certitude : ça y est, cette fois nous survolons l'Egypte, cette terre vers laquelle nos rêves ont tendu durant des mois....
مصر
L'excitation monte d'un cran lorsque l'avion quitte l'altitude de croisière et que les lumières au sol deviennent plus lisibles. Nous devinons des paysages plongés dans l'obscurité grâce aux dizaines de lumières qui en soulignent les contours. Comme toujours quand on survole l'Egypte de nuit, difficile de repérer une ville, de discerner un plan qui puisse permettre d'identifier où on se trouve. Et tout à coup Theti s'écrie : "C'est le Nil ! Regarde, on voit un pont éclairé !" Cette ville dont les quartiers se dessinent sous nos yeux, avec les lumières vertes des mosquées, c'est Lusqor. La descente me cause des maux d'oreilles qui gâchent un peu le plaisir, je maudis le pilote anglais ! Et lorsque le train d'atterrissage de l'appareil touche enfin le sol, j'ai l'étrange sentiment de rentrer au pays, fê biladî, comme quand j'étais exilé à Paris et que je rentrais en Provence pour les vacances... Je peux bien l'avouer, les larmes envahissent mes yeux et un cri de joie résonne dans ma tête : "ehna fê Masr ! Nous sommes en Egypte ! " Nous sommes idiots de cacher nos émotions, de tenter de les maîtriser quand elles sont si intenses. Mais on ne refait pas son éducation d'homme occidental...
Nous descendons, sans bien réaliser. Nos pieds se posent à leur tour sur le sol d'Egypte et mon coeur bat la chamade. Nous prenons la navette, qui ne tarde pas à rejoindre le bâtiment principal de l'aéroport. Theti fait ses premières photos à travers la vitre du bus, nerveuse. L'émotion monte encore en lisant en caractères arabes مطار الأقصر (matâr al-Uqsur - Aéroport de Louqsor) sur la façade. Theti se retourne furtivement et nos yeux se croisent : elle est comme moi, elle retient difficilement ses larmes. C'est un peu machinalement que nous descendons, encore incrédules de toucher notre rêve du doigt. Et bientôt un sourire emplit nos visages : le correspondant de l'agence à Lousqor tient une affichette sur laquelle est inscrit "Theti et Nefred" ; sacrée Domi, elle l'a fait ! Nous nous présentons, notre hôte ne parle pas français et Theti ne parle pas anglais : je commence dans mon rôle d'interprète et j'en suis heureux, je suis si heureux de partager ces moments précieux avec cette chère Theti !
Les formalités sont rapides car nous arrivons à une heure tardive et les voyageurs sont peu nombreux. Un visa égyptien flambant neuf sur le passeport, nous récupérons les bagages et nous dirigeons vers le parking où nous attend le véhicule qui doit nous accompagner vers notre bateau, à Esna. Le bateau est en effet à Esna car l'écluse est provisoirement fermée pour entretien. Nous faisons la connaissance de notre chauffeur et de notre guide, montons dans un minibus d'une dizaine de places dont nous sommes les seuls occupants et nous mettons en route à travers les rues de Louqsor.
Je ne saurais plus décrire ces instants tant il y avait de choses qui se bousculaient alors dans ma tête : nous avions fait le rêve d'aller en Egypte et cette fois nous y étions ! Oubliée l'Europe et ses soucis, oubliés les doutes... Je reprends mes esprits sur le bateau, le King of the Nile. Mais c'est une autre histoire qui commence... S'il y a une chose que l'Egypte nous apprend, c'est bien à prendre le temps, pour savourer chaque instant à sa juste valeur, saisir le moment dans toute sa dimension, son émotion... Goûter l'instant présent, même lorsqu'il est fait de peu...
أنا بحبّك، يا بلدي الثان ! قلبي فرحان
Je t'aime, ô mon deuxième pays ! Mon coeur est joyeux !