Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
Vous connaissez déjà une partie de notre première nuit en Egypte : voici la seconde partie...
Nous sommes accueillis sur ce qui sera notre bateau de croisière. Dominique nous avait averti que ce ne serait pas le bateau initialement prévu et a ménagé la surprise. Nous nous trouvons sur le "King of the Nile", un 5* estampillé, dans ce vaste hall qui mêle ce kitsch égyptien que nous adorons aux sièges confortables d'inspirations diverses. Remise des passeports, formalités d'usage et boissons de bienvenue... Nous voilà installés dans de larges fauteuils, à savourer cette joie à laquelle nous avons encore du mal à croire. L'heure est tardive, mais curieusement nous sommes plus exaltés que fatigués. Aussi, après qu'on nous ait remis les clefs de notre cabine, nous l'explorons rapidement, y installons nos petites affaires (qui a dit que nous y avons aussitôt mis le bazar ? lol ) ... et nous décidons d'en ressortir pour explorer le fameux "roi du Nil ".
Nous passerons en fait une partie du reste de la nuit avec Mohamed, le réceptionniste... en tout bien tout honneur, je vous rassure ! Nous engageons la conversation, et Mohamed entreprend de nous montrer quelques videos humoristiques qu'il a glanées sur le net. Rire et bonne humeur au programme et, malgré la barrière de la langue, nous nous rendons compte que nous rions des mêmes choses ; bon, il faut avouer que Mohamed renonce à partager avec nous les blagues égyptiennes, parce que du point de vue linguistique, ça se révèle trop compliqué pour lui comme pour nous. Je revois en particulier avec plaisir la video de la vache singeant Matrix, Theti hurle de rire : voilà un voyage qui commence dans la bonne humeur. Mohamed nous offre gentiment le thé et, tout en visionnant les blagues, nous faisons connaissance. Il cherche à apprendre le français et note certaines expressions qu'il nous demande de lui expliquer. Durant tout le séjour, Mohamed sera notre sourire quotidien ; toujours un mot sympathique, quelques instants de discussion... Il sera presque vexé lorsque, au terme de notre séjour sur le bateau, nous lui remettrons un pourboire : il l'a d'abord refusé en disant qu'entre amis il n'est pas question de pourboire, un trouble sincère sur son visage, et nous devrons insister pour qu'il l'accepte comme un cadeau. Nous sommes d'ailleurs toujours en contact. C'est une des choses que j'apprécie chez les Egyptiens en règle générale, la façon dont le contact avec eux est facile sitôt qu'on n'a pas de préjugés, leur goût pour le contact humain, qui n'est pas toujours aussi intéressé qu'on veut bien le croire.
Nous laissons Mohamed à son service et décidons de monter sur le pont supérieur humer l'air égyptien et admirer ce Nil que nous avons tant désiré. Esna est endormie et les bateaux aussi, blottis les uns contre les autres... Tout est si calme que nous pouvons à loisir nous approprier ce moment. Theti est sous le charme, elle n'en croit pas ses yeux, qui courent partout à la fois pour ne rien perdre de cet instant ; pour moi, c'est un peu différent : je goûte le plaisir incroyable d'être revenu ici, à Esna, en Egypte, presque trois ans plus tard, avec comme je le disais l'étrange sentiment de revenir au pays... Je mesure aussi toute la dimension de ce rêve fou que nous avons fait ensemble, Theti et moi, de vivre à deux cette aventure à partir d'une rencontre sur le net qui a trouvé un prolongement tout naturel dans la "vraie vie" : nous sommes là comme frère et soeur de toujours, à partager ce moment précieux, et sa joie ne fait que renforcer la mienne.
Bientôt, sur l'autre rive, celle des vivants selon la symbolique antique, l'horizon commence à rougeoyer. Et sans tarder le plus incroyable des spectacles s'offre à nous : notre premier lever de soleil sur le Nil, Aton naissant au-delà des collines du désert, majestueux et triomphant, repoussant les ténèbres. Le ciel prend peu à peu des couleurs qui évoluent à une rapidité étonnante, déclinant les jaunes du plus pâle au verdâtre, les rouges flamboyants ou timides et les orangés raffinés comme une miniature indienne, puis enfin toute la gamme des bleus avec une richesse dans les nuances à couper le souffle... La rive occidentale, elle, reste d'abord plongée dans le noir, le fleuve marquant une frontière entre lumière naissante et ténèbres, entre le monde des vivants et celui des morts, selon la pensée égyptienne antique. Aucune photo ne rendra jamais la beauté de ce spectacle. Il faut le voir de ses yeux... On comprend à le contempler pourquoi les Egyptiens de l'Antiquité ont développé une telle symbolique autour des cycles du soleil, et surtout on touche du regard la réalité qui a donné naissance à cette symbolique, on en comprend tout à coup la portée et l'essence. Et en fond de ce ravissement des yeux s'élèvent simultanément le chant des muezzin d'Esna et le son des cloches de l'église copte dont nous apercevons les deux clochers en façade... Il est difficile d'expliquer l'effet produit, mais on en a la chair de poule. Les mélopées des muezzin, dont nous ne nous lasserons à aucun moment de notre séjour, nous attestent que nous sommes en Orient... Et le son des cloches qui s'y mêle est un symbole fort de ces différences qui cohabitent, dans un monde où l'on voudrait tout opposer. Ainsi se révèle à nos sens l'Egypte dans sa diversité : éternelle dans le cycle immuable du soleil et les flots du Nil, ce que nous approchons par là de la civilisation antique qui nous passionne, et puis l'Egypte chrétienne et musulmane qui nous invitent à les découvrir aussi, ainsi que l'Egypte d'aujourd'hui à travers le spectacle de la ville d'Esna qui se réveille et des activités quotidiennes qui commencent... C'est tout ce à quoi nous nous ouvrons en la fraîcheur de ce matin égyptien, ce premier matin...
Il nous faut regagner notre cabine, faire notre toilette et nous préparer : nous avons rendez-vous avec la nécropole thébaine et ses merveilles. Nous ne ressentons toujours aucune fatigue, l'exaltation est intacte. Mohamed, d'ailleurs en sera étonné : "Vous ne dormez jamais ? " Nous ne regretterons pas cette première nuit sans sommeil : elle nous a offert un moment d'exception !