Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré

Depuis le XIXe s., le palmier a fait son entrée dans la flore de la côte provençale. Il devient un ornement des jardins des plus riches demeures, rappelle aux voyageurs et aux officiers de marine les contrées lointaines dans lesquelles ils se sont rendus. Il entre dans les jardins publics avec un goût d'exotisme qui surprendra les visiteurs venus du nord durant encore longtemps. Et puis il finit par apporter sa contribution au décor urbain. Il devient un symbole de la "Côte d'Azur", à tel point qu'on finirait presque par en oublier qu'il est venu d'ailleurs...

Les palmiers qui entourent la place de la Liberté de Toulon ne sont pas une création récente pour ourler cet espace d'une touche d'exotisme ; ils ont été précédés il y a bien longtemps par d'autres palmiers, qui rivalisaient avec les platanes, arrivés d'Orient bien avant eux... Comme le montrent les cartes postales jaunies de la "Belle Epoque", avec leurs nurses accompagnant quelques rejetons de familles aisées pour la promenade, ou ces élégantes parées des derniers caprices de la mode du moment, ces messieurs devisant devant la fontaine et parlant peut-être de leurs expéditions au bout du monde... A deux pas du Grand Hôtel sur la façade duquel l'Afrique, l'Asie et l'Amérique flanquent en fières caryatides l'Europe ébahie, comme pour dire : "Aller, pars moun pichot ! Va voir le monde."...

Ces palmiers rappellent que nos ports ont longtemps été la porte vers un ailleurs empli de rêves et de mystères... C'est à Toulon que Bonaparte s'embarque vers l'Egypte. C'est de Toulon que de nombreux voyageurs gagnent l'Orient, il n'y a pas que Marseille... A Toulon, dans les salons cossus, les fumeries d'opium ou les bordels à la mode gravite au XIXe s. une société qui ne veut pas oublier les charmes lointains. Des écrivains, des poètes et des peintres, avant de se lancer dans un nouveau voyage, y goûtent quelque repos.

Les palmiers de Toulon n'ont rien perdu de ce charme, si ce n'est qu'il n'y a plus grand monde pour faire attention à eux, prendre le temps de s'émerveiller de leur incroyable présence. Ils font partie de notre paysage quotidien. Notre époque blasée d'images lointaines en vient à oublier les beautés quotidiennes, et le support de rêves qu'elles peuvent être, c'est ainsi... Je regarde toujours ces palmiers avec une affection particulière. Ils ont bercé mon enfance de désirs d'autres cieux.

Les palmiers de Toulon n'ont certes pas la grandeur de leurs cousins des portes du désert, de la vallée du Nil ou des oasis noyées de lumière. Leurs fruits seraient bien incapables de se muer en délices sucrés. Ils se laissent parfois envahir d'une végétation autochtone qui semble prétendre réaffirmer sa préséance. Mais ils sont ma part de rêve d'évasion, une parcelle d'Orient au coeur de ma ville, une image de l'union avec les terres lointaines. Je m'assieds à une terrasse et je les regarde ; bientôt mon esprit s'envole vers d'autres horizons, dans ce décor de théâtre... Le vent qui caresse leurs palmes paresseuses l'emporte au gré de son humeur vers des rivages mythiques, ou aux portes du désert...
Et lorsque viennent les fêtes, les palmiers nonchalants se parent de lumière ; de petites lumières bleues qui scintillent dans la nuit et les font ressembler à quelques joyaux précieux sortis d'une malle aux trésors. Ils entrent alors en scène, le soir venu, comme des danseuses orientales dont les bras chargés de bijoux sonores ondulent au hasard d'un souffle léger...

C'est aussi cela ma Provence : l'antichambre de tous les voyages, le quai à partir duquel tout est possible, le lien indispensable avec ce qui n'est pas tourné vers l'intérieur, mais vers l'ailleurs...