Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
Barqûq, dont le nom signifie « prune » en arabe, fait partie des Mamlûk circassiens par les Bahri Mamlûk dans le Caucase. Il avait été acheté en 1362 ou 1363 par l 'émir Yelboghâ el-'Umâri et fit partie des Mamlûk exilés hors d'Egypte par le sultan bahride el-Ashraf Zeyn ed-Dîn Shabân ibn Hasan ibn Qalâwûn. Après avoir été emprisonné, il entre au service du vice-régent de Syrie, Mangak, à Damas. Mais il obtient le pardon du sultan, et ainsi l'autorisation de revenir au Caire. Mal en prit au sultan : Barqûq et d'autres Mamlûk circassiens assassinent Shabân en 1377, et placent sur le trône son fils, el-Mansûr 'Alâ' ed-Dîn 'Alî ibn Shabân (1377-1381), âgé de 7 ans seulement ! Après la mort précoce de ce souverain fantoche, les Circassiens placent sur le trône un autre fils de Shabân, es-Sâleh Zeyn ed-Dîn Hâggi (1381-1382), un enfant lui aussi. Barqûq parvient à asseoir sa position, devenant un proche des jeunes princes et s'attirant la sympathie des autres Mamlûk circassiens, dont il finit par prendre le contrôle. Il peut ainsi renverser le jeune sultan en novembre 1382 et s'empare du pouvoir, fondant la dynastie des Burgi Mamlûk. Il prend pour nom de règne ez-Zâhir, peut-être en référence à Baybars.

Un exemple de la splendeur du décor du complexe de Barqûq.
Barqûq se soucia d'abord de légitimer son pouvoir. Pour cela, il chercha un lien avec la dynastie précédente, qui gardait un certain prestige pour avoir à la fois repoussé les croisés et les Mongols, et religieusement pour avoir adopté le sunnisme. Dans ce souci d'assise dynastique, il épousa Baghdad Khatun, la veuve du sultan el-Ashraf Zeyn ed-Dîn Shaban. Ce souci se retrouve également dans le choix de l'emplacement de son complexe Khanqah-Madrasa près des monuments des premiers Qâlâwûnides, au coeur du Caire médiéval. Se méfiant des possibles ambitions des autres Mamlûk, il place à des postes clefs de l'Etat des membres de sa famille et des proches.

Le complexe de Barqûq dans Le Caire médiéval.
Barqûq est connu comme un guerrier courageux et un grand cavalier, qui toute sa vie appréciera les chevaux et les exercices équestres. Surtout, son règne est marqué par un retour à la prospérité, grâce à l'impulsion donnée au commerce, mais aussi par un développement de la vie artistique et culturelle, en particulier par la conception d'un nouveau style qui allait marquer durablement cette dynastie. Du point de vue artistique en effet, le style architectural inauguré par Barqûq est fondamental, car il va marquer l'architecture cairote durant toute la première moitié du XVe s.

La forteresse d'el-Kerak, en Jordanie, où Barqûq est retenu prisonnier lors de la révolte de 1389-1390.
Les choses tournent mal en 1389, lorsque deux gouverneurs mamlûk du nord de l'empire se révoltent : Mintash, le gouverneur de Malatya au sud-est de la Turquie, et Yelbogha en-Naseri, gouverneur d'Alep en Syrie. Les deux gouverneurs prennent le contrôle de la Syrie et marchent sur Le Caire. Ne parvenant pas à s'enfuir à temps, Barqûq est capturé et emprisonné à el-Kerak, en Jordanie. Les deux mutins rétablissent provisoirement sur le trône le prince bahride es-Sâleh Zeyn ed-Dîn Hâggi. Profitant des dissensions que ses partisans suscitent entre les différentes factions mamlûk au Caire, Barqûq parvient à s'échapper de sa prison jordanienne, revient au Caire en février 1390 et reprend le pouvoir.

Timur Lang et sa cour...
La dernière partie de son règne est marquée par le remplacement de tous les gouverneurs et hauts fonctionnaires par des membres de sa famille. Bientôt surgit une nouvelle menace quand Timur Lang (1336-1405) envahit la Syrie en 1399, pillant Alep et Damas, dont il massacre tous les habitants, à l'exception des artisans qu'il fait déporter à Samarkand. Cette violence vaut au chef turco-mongol d'être déclaré ennemi de l'Islam, ce qui le prive du soutien des musulmans. Barqûq est parvenu entre temps à rassembler une puissante armée qui marche sur la Syrie. Egalement en guerre avec le sultan ottoman Bayezid et risquant d'être pris en tenaille, Timur Lang préfère fuir et se diriger vers la Perse et la Russie. Quand Barqûq meurt en juin 1399, il est parvenu à rétablir son autorité en Syrie et à chasser les derniers Turco-Mongols de Syrie. Il est inhumé non dans son complexe situé en ville, mais dans un mausolée élevé par son fils et successeur Farag.