Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
Cette mosquée d'époque abbasside est un des joyaux de la ville de Samarra, à 125km au nord de Baghdad. Samarra, dont nous reparlerons, est elle-même l'un des fleurons du patrimoine iraqien, avec une zone archéologique de 57 km2 comprise entre la préhistoire au Moyen Age, et des monuments majeurs.

Vue aérienne des ruines de la mosquée.
La mosquée de Samarra fut construite à l'initiative du calife Jafar al-Mutawakkil (847-861), le plus grand bâtisseur de la période abbasside, entre 848 et 852. Elle faisait partie d'un projet d'extension de la ville vers l'est. Elle fut en son temps la plus grande mosquée du monde musulman. Il n'en reste aujourd'hui d'immédiatement visible que les murs latéraux et le célèbre minaret en spirale.

Plan de la mosquée.
La mosquée a des dimensions impressionnantes : elle forme un immense rectangle de 239 m par 156 m ! Les murs extérieurs étaient dotés de bastions semicirculaires sur base rectangulaire ; ils sont ornés dans leur partie haute d'une frise formée de cercles en relief dans des carrés en creux. Elle comprenait 25 travées dans la salle de prière, séparées par des piliers à base carrée stuqués et peints pour imiter le marbre et la cour était entourée d'un triple portique. Les piliers étaient peut-être octogonaux, avec des colonnes de marbre de couleur engagées aux angles. A l'extrémité de chaque travée, les fenêtres prennent la forme d'un arc à cinq lobes reposant sur des colonnettes, soulignées à l'intérieur par un rectangle évidé et à l'extérieur par de petits rectangles sous la frise ; elles étaient garnies de verre moulé. Le mihrâb rectangulaire était décoré de mosaïques de verre et d'or, dont il ne reste que quelques vestiges aujourd'hui. Les fouilles ont révélé que les murs étaient eux-mêmes décorés de panneaux de mosaïque de verre bleu foncé.

Vue de la mosquée, avec son minaret et ses murs latéraux.
Elle est englobée sur trois côtés dans une enceinte de 374 par 443 m, dans laquelle se trouvent des ziyâda, portiques couverts destinés à recevoir plus de fidèles pour la grande prière du vendredi. Un bâtiment situé derrière le mihrâb semble avoir été réservé au calife.

Le minaret, avec à l'arrière les murs de la mosquée.
Mais c'est surtout le célèbre minaret, bien conservé et unique en son genre, qui fait l'originalité de cette mosquée. Il est construit hors de la mosquée. Haut de 52 m, il s'élève sur une base carrée décorée de niches et développe un grand escalier extérieur en spirale. La spirale commence sur le côté sud et fait cinq tours complets, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, avant de se terminer par un fût cylindrique orné d'arcs brisés en creux. Au sommet subsistent les traces d'un pavillon de bois qui abritait le muezzin. Une tradition dit que le calife al-Mutawakkil serait lui-même monté par l'escalier au sommet de ce minaret sur un âne blanc égyptien.

Une autre vue du minaret.
Trois avenues larges de 52 m furent percées pour permettre l'accès à la mosquée depuis les divers points de la ville.
Cette mosquée sera utilisée jusqu 'au XIe s. Abandonnée par la suite, comme la ville qui l'entoure, il n'en subsiste aujourd'hui que des ruines majestueuses. Elle a servi de modèle à la mosquée d'ibn Tûlûn, au Caire.
Sans le savoir, vous avez déjà vu souvent cette mosquée, ou plutôt son minaret. C'est en découvrant le minaret de cette mosquée que les premiers voyageurs occidentaux pensèrent que les ziggurat mésopotamiennes avaient cette forme hélicoïdale ; dès lors, elle fut la représentation traditionnelle de la tour de Babel évoquée dans la Bible.

Pieter Brueghel l'Ancien, La construction de la Tour de Babel (1563, huile sur panneau, Kunsthistorisches Museum, Vienne)

Lucas Van Valckenborch, La Tour de Babel (1593, musée du Louvre, Paris)
Post-scriptum : il est très difficile d'avoir des informations précises sur l'état du site après le conflit de ces dernières années. Samarra a été classée au Patrimoine Mondial par l'UNESCO et retient donc l'attention des spécialistes. Mais la région de Samarra a subi de sévères bombardements, et on sait le peu de cas qui a été fait alors des sites historiques majeurs que compte l'Iraq. D'autre part, il est probable que le site, qui n'a pas encore été entièrement fouillé, soit l'objet de pillages, comme ailleurs en Iraq, représentant une perte considérable pour le peuple iraqien et la connaissance de l'histoire. Il faut savoir que dans ce pays livré au chaos, le trafic d'oeuvres d'art va bon train, avec la complicité de riches collectionneurs et de galeries peu scrupuleuses...