Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
La Cour Internationale de Justice, dite CIJ pour satisfaire à la mode des sigles, vient de rendre un jugement qui ne lui fait pas honneur et qui risque de creuser encore un peu plus le fossé entre monde occidental et monde musulman. En effet, elle a déclaré que la Serbie ne pouvait être reconnue responsable d'un quelconque génocide en Bosnie durant le conflit de 1992-1995. Seul a été reconnu comme acte de génocide le massacre de 8 000 musulmans bosniaques à Srebrenica en 1995 ; mais là encore la Serbie n'est pas reconnue responsable, on se contente de lui taper sur les doigts en lui disant qu'elle n'a rien fait pour l'empêcher. Après la honte d'avoir laissé faire ce qui s'est passé en Bosnie, voilà bien une seconde honte pour la « communauté internationale » que cette épouvantable hypocrisie.

Qui a pu oublier les images des casques bleus désemparés devant le drame qui allait se jouer à Srebrenica ? Qui n'a pas eu alors un sentiment de honte ?
Nous avons tous en mémoire, je crois, les effroyables images de la guerre de Bosnie ; nombre d'entre nous en ont ressenti de la colère et de la honte. Qui a pu oublier ces images que l'ont pensait ne plus revoir en Europe après les horreurs de la seconde guerre mondiale ? Oublier ces exécutions sommaires, ces villages incendiés et pillés, ces déportations de masse, ces prisonniers parqués dans des camps servant aussi de centres de torture, ces milliers de femmes violées de façon systématique... Et comment peut-on oublier aussi vite que c'est Belgrade qui menait cette danse macabre ? On veut nous faire oublier que c'est le président serbe de l'époque, le criminel Slobodan Milosevic, qui a orchestré la guerre contre les républiques séparatistes et cautionné les massacres et atrocités ? Avons-nous oublié que la « communauté internationale » avait quand même consenti à faire pression sur Belgrade, à l'époque, reconnaissant ainsi son rôle ? Belgrade qui entendait conserver le contrôle de tout le territoire de l'ancienne Yougoslavie au nom du nationalisme serbe qui reste très fort, Belgrade qui aujourd'hui encore rechigne à donner leur indépendance aux derniers Etats... Belgrade qui a toujours rêvé de rétablir la « grande Serbie », qui a ensuite porté la guerre au Kosovo... Comment oublier que le gouvernement actuel de Belgrade, le président Boris Tadic - qui d'ailleurs n'est pas content qu'on qualifie Srebrenica de génocide que la Serbie aurait pu emêcher... - en tête, n'a toujours pas livré à la justice internationale les criminels de guerre accusés justement de génocide ?

L'effroyable charnier de Srebrenica...
La plainte avait été déposée par la Bosnie en pleine guerre, en 1993, tandis que la « communauté internationale » se montrait bien passive dans l'affaire et que la Bosnie était à feu et à sang. Cette plainte visait à faire reconnaître l'ensemble de ce conflit comme une tentative de génocide. Rappelons au passage que les Serbes, à l'époque, ne se cachaient pas de vouloir procéder à un « nettoyage ethnique » contre les musulmans et les Croates ; que ces massacres ont fait 200 000 morts au total ; que les femmes musulmanes bosniaques victimes de viols racontent toutes la même chose : on leur a bien dit que ce génocide passait par leur ventre. Malheureusement, la Bosnie ne pourra faire appel : les jugements de la CIJ sont définitifs et sans appel... Les autorités bosniaques, musulmanes autant que croates, sont affligées, les protestations et l'indignation commencent à se manifester et l'on ne peut qu'y voir une offense à la mémoire de toutes les victimes de ce qu'il faut pourtant bien appeler par son nom : un génocide.

Pense-t-on aux mères de Bosnie ? Comment leur expliquer que le drame qu'elles ont vécu n'a pas la même signification que d'autres ? Comment expliquer aux femmes victimes des viols systématiques que l'enfer qu'elles ont vécu ne procédait pas d'une volonté de génocide ?
Que faut-il voir derrière tout cela ? D'abord, l'intention de l'Union Européenne d'intégrer prochainement la Serbie – ce que je trouve scandaleux et je ne dois pas être le seul ! Comment procéder à cette sombre manoeuvre si la Serbie est reconnue coupable de génocide, alors même que l'on met des bâtons dans les roues à la Turquie au sujet du génocide arménien ? En effet, on imagine mal Belgrade reconnaître le génocide de Bosnie, ce qui obligerait l'UE à avoir envers elle les mêmes exigences qu'envers Anakara... Puisque l'affaire est déjà décidée, au mépris de l'avis des populations européennes du reste, il fallait que la CIJ rende un tel verdict. Ensuite, il y a des intérêts internationaux qui pèsent sur cette décision, en particulier l'influence américaine ; rappelons que la présidente de la CIJ, Rosalyn Higgins, est britannique, et que son pays est allié avec les Américains en Iraq. Reconnaître le génocide de musulmans dans l'ex-Yougoslavie, cela obligerait à la fois à reconnaître la passivité de l'ONU à l'époque et à admettre une certaine politique hostile aux musulmans...

Quelles risquent d'en être enfin les conséquences, pour finir ? Que ce ne soit pris comme un nouvel affront par les musulmans, ce qui me semble assez évident : il apparaît une fois de plus clairement qu'il y a deux poids deux mesures dès qu'il s'agit d'un pays musulman. Comme ce que l'on observe au Mashreq dans le conflit israélo-palestinien. Munira Subasic, Présidente de l'Association des Femmes rescapées de Srebrenica, a bien résumé le sentiment d'amertume qui résulte de cette injustice : « L'Europe a une nouvelle fois montré qu'elle était contre les Musulmans... ». Que lui répondre, comment ne pas comprendre sa révolte ? Comment prétendre avec de telles décisions rassurer les musulmans sur l'attitude des pays occidentaux ? N'est-ce pas, une fois de plus, apporter de l'eau au moulin des extrémistes, qui auront beau jeu de dire : « Vous voyez, les Occidentaux nous méprisent, ils ne reconnaissent pas nos droits... ». Le meilleur allié des extrémistes de tout crin, ce sont les puissants du monde occidental, qui jouent un jeu dangereux dont on peut craindre qu'il ne nous mène un jour au chaos. Ces gens sont sensés nous représenter, mais ils nous préparent contre notre gré un avenir bien sombre ; on ne peut qu'en être affligé !

Non à l'adhésion de la Serbie
à l'union Européenne !
En tout cas, je ressens une nouvelle fois, comme lors de la guerre de Bosnie, colère et honte. On vient d'assassiner les victimes de ces horreurs une seconde fois...