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  • : Pas de sujet précis, mais un ensemble de rubriques, qui évolueront avec le temps. Même si un accent particulier est mis sur l'Egypte. Ce qui compose mon univers et que je souhaite partager... Des passions, des coups de coeur et des coups de gueule, des ré
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Vieux Papyrus

Notre Cité

5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 21:05

Nous allons parler aujourd'hui d'un personnage historique tout à fait étonnant : la sultane Shagarat ed-Durr1 qui, comme dans l'Antiquité Hatshepsut ou Cléopatre, régna sur l'Egypte à l'époque médiévale. Une femme régnant sur l'Egypte à l'époque médiévale, avouez que cela nous surprend... Elle est tout à la fois la dernière représentante de la dynastie ayyubide et la toute première de la dynastie mamlûk.


Esclave mamlûk d'origine arménienne ou turque arrivé dans l'empire par la cour de Baghdad, ses débuts sont obscurs. On sait par les textes qu'elle fait partie en 1239 des captives du harem du calife abbasside el-Musta'sim. C'est en 1240 qu'es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyub (1240-1249), l'un des derniers sultans ayyubides d'Egypte, l'achète pour son harem. Elle n'est au départ qu'une concubine et esclave, mais finira par gagner la première place dans le coeur de son mari. Ce serait elle qui aurait incité son époux à faire venir en masse des esclaves mamlûk pour défendre l'Egypte contre les dangers extérieurs, tant les croisés que les mongols. Toujours est-il qu'il avait en effet développé sa propre garde mamlûk stationnée au Caire, sans savoir que cela finirait par être fatal à la dynastie ayyubide.

 


La vie de Shagara est riche en rebondissements, digne d'un roman. En 1248, es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyub est capturé par son cousin en-Nasser Da'ud et emprisonné à el-Karak ; Shagara suit son époux et, durant cette réclusion, donne naissance à un fils, Khalil. Il est épris de sa beauté, et fasciné par son intelligence ; nul doute que cette réclusion a favorisé leur rapprochement. Un an plus tard, lorsque le sultan libéré revient au Caire, il élève Shagara au rang de première épouse. Elle est ainsi parvenue en peu de temps au faîte du pouvoir.


Mais ce n'est là qu'un début. Les événements vont bientôt offrir à l'ambitieuse Shagara l'occasion de se placer au devant de la scène. En juin 1249, Louis IX, roi de France, débarque avec une troupe de croisés dans le Delta et s'empare de Damiette. Le sultan es-Saleh Nagm ed-Dîn Ayyub, qui s'est porté dans la région pour arrêter les croisés, est atteint de fièvres, auxquelles il finit par succomber au mois de novembre, à Mansurah. Shagara convoque alors le chef des Mamlûk, Fakr ed-Dîn, et le chef des eunuques royaux, Gamal ed-Dîn ; elle s'entend avec eux pour taire la nouvelle de la mort du sultan, afin de gagner du temps et de réorganiser les forces égyptiennes. Elle interdit à qui que ce soit l'accès à la chambre du sultan, mais continue à y faire apporter chaque jour de la nourriture ; elle signe elle-même les documents officiels du nom du défunt... Dans le même temps, elle rappelle de Syrie le fils du sultan, Turan Shah, héritier du trône, pour prendre le commandement des troupes égyptiennes ; il n'arrivera qu'en février 1250. Ainsi, quand la nouvelle de la mort d'es-Saleh finit par se répandre, Shagara a eu le temps de s'organiser et de prendre le contrôle des affaires. Entendant la nouvelle, le roi de France pense que le moment est venu pour ses troupes de marcher sur Le Caire ; il parvient à tuer le chef des Mamlûk, Fakr ed-Dîn, lors d'une escarmouche. Mais en février 1250, les troupes françaises sont écrasées à Mansurah et Louis IX fait prisonnier ; c'est une grande victoire pour les Mamlûk, mais aussi pour Shagara. Après la bataille, ils assassinent l'héritier du trône d'Egypte, Turan Shah, qu'ils accusent de favoriser ses propres troupes.

 


Shagara, elle, garde tout son pouvoir et apparaît comme celle qui est parvenue à sauver l'Egypte du désastre. Habile négociatrice, elle obtient la confiance des Mamlûk, qui la proclament sultane et lui donnent le nom d'Umm Khalil (« la mère de Khalil »), justifiant par le fait qu'elle ait donné un fils au sultan es-Saleh son accès au trône. Elle est ainsi la première dirigeante musulmane à pouvoir faire frapper des monnaies à son nom et à régner personnellement. Elle a l'habileté d'épargner les chrétiens faits prisonniers aux côtés du roi de France, reprend Damiette aux croisés et exige l'énorme rançon d'un million de besants pour la libération de Louis IX.


Elle ne règnera en réalité personnellement que 80 jours sur l'Egypte. Le calife abbasside de Baghdad, dont elle avait été l'esclave dans sa jeunesse, se montre indigné par le fait qu'une femme soit ainsi placée à la tête de l'Egypte ; il menace de venir en personne nommer un sultan mâle. Est-ce cela qui décide les Mamlûk à changer de stratégie ? Toujours est-il qu'ils obligent Shagara à épouser leur nouveau chef, 'Izz ed-Dîn Aybak, et à abdiquer en sa faveur ; il devient donc sultan et fonde la dynastie des Bahri Mamlûk. Mais Shagara entend bien continuer à exercer en réalité le pouvoir, considérant le Mamlûk comme un homme de paille. Elle commence par exiger qu'il divorce de son épouse Umm 'Alî, ce qui, un jour, scellera curellement son destin. La cohabitation entre Shagara et son nouvel époux se maintient tant bien que mal durant quelques années. Aybak est à vrai dire souvent absent d'Egypte, car il doit lutter contre l'opposition des Ayyubides de Syrie, à Alep et Damas. C'est donc Shagara qui, dans les faits, en l'absence de son mari, exerce le pouvoir en Egypte. Malgré la duplicité des Mamlûk, les accords passés avec la sultane sont ainsi respectés...

 


Le drame se noue en 1257, lorsque Shagara apprend que son mari a l'intention de prendre pour seconde épouse une princesse iraqienne. Jalousie, mais surtout inquiétude devant l'irruption d'une rivale qui pourrait bien l'évincer, comme elle a elle-même évincé Umm 'Alî... Elle convoque sur le champ Aybak à la Citadelle ; ce dernier se trouvait à ce moment-là dans les faubourgs du Caire. Elle l'attire dans les bains du palais, et le fait poignarder à mort par ses eunuques... Geste terrible qui sera lourd de conséquences... La fureur passée, Shagara réalise que ce qu'elle vient de faire est extrêmement maladroit et dangereux. La tradition affirme qu'elle rassemble ses bijoux et les brise dans un mortier pour qu'aucune autre femme ne puisse s'en emparer.


Ses terribles pressentiments ne tardent pas à se confirmer : 'Alî, le fils issu de la première épouse d'Aybak qu'elle avait obligé à répudier, fait irruption dans le palais à la tête d'une foule de partisans surexcités. Ils s'emparent de la sultane et l'enferment dans une des tours de la Citadelle. Puis ils la traînent devant la mère d' 'Alî, qui peut enfin assouvir sa vengeance : l'ayant elle-même battue et insultée, elle la livre à ses servantes qui arrachent ses vêtements et la battent à mort avec les savates de bois portées au hammam ; allusion au meurtre commis ur le sultan dans les bains du palais, bien sûr. Puis le corps de la malheureuse est traîné par les pieds à l'extérieur et jeté presque nu par-dessus les remparts dans les douves de la Citadelle. Il y reste plusieurs jours, livré aux chacals venus du désert, privé de sépulture. Ce qu'il restera de la dépouille de la seule souveraine médiévale d'Egypte sera finalement rassemblé dans un panier et enterré dans le superbe mausolée qu'elle avait fait ériger en 1250 près des sépultures des saintes femmes dans la nécropole du Caire... Malgré sa fin tragique, elle disposera quand même d'une sépulture digne d'une sultane, qui existe toujours. Revanche posthume ?


La figure de Shagara est diversement appréciée : personnage secondaire pour les historiens occidentaux des croisades (un roi de France mis à mal par une femme, avouez que cela a de quoi déranger...) aussi bien que pour de nombreux historiens arabes, figure emblématique pour les féministes du monde arabe, support de bien des traditions et légendes attachées à son destin particulier et à sa fin tragique...



1- Il existe de nombreuses variantes de son nom : Shajarat ad-Durr (en arabe classique), Shagarat ed-Durr (en masri cairote classique) ou Shadjara ed-Dorr (en sa'idi), ou encore simplement Shagar.



Sources :

  • Touregypt : Touregypt

  • l'article de David J. Duncan, Scholarly views of Shajarat al-Durr : a need for concensus

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3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 09:50

Cette reine égyptienne est une figure féminine qui marque, au XVIe s. avant notre ère,  la fin de la XVIIe et le début de la XVIIIe dynastie, et on la surnomme parfois « la mère du Nouvel Empire ». Elle fut en effet l'épouse du roi Taa I Seqenenre, la mère du roi Taa II Seqenenre, et la grand-mère de Kamosis et Ahmosis I. Elle joua semble-t-il un rôle politique et militaire, en particulier dans la lutte contre l'envahisseur Hyksôs. En tout cas un personnage peu ordinaire qui contribua à donner à la reine égyptienne un statut jusque là inconnu.

La reine Tetisheri vue par Winifred Brunton dans les années 1920.

 

Bien que ses parents, Tjenna et Neferu, n'étaient pas des personnages occupant de hautes fonctions et qu'elle ne soit pas de sang royal, Taa I la choisit comme Grande Epouse royale. Il lui octroya de nombreux privilèges qui n'étaient pas auparavant l'apanage des reines d'Egypte, de sorte qu'on peut dire que la figure de cette reine marque aussi la conception de la royauté de son temps. Elle fut la première souveraine à porter la couronne au vautour, ce qui montre l'importance qu'avait dès lors prise le titre de Grande Epouse royale, dont cette couronne était le symbole. Quand son fils Taa II se révolta contre les Hyksôs, Tetisheri a pu jouer un rôle de premier plan en prenant en main la cour, à Thèbes. Taa II sera tué durant une bataille, de même que son successeur Kamosis.

 

Tetisheri ouvrit la voie aux reines qui suivirent :  Ahhotep, fille de Tetisheri et mère d'Ahmosis, joua sans doute un rôle militaire non négligeable dans la lutte contre les Hyksôs, et Ahmose-Nefertari fut la première reine à recevoir le titre religieux de «divine Epouse d'Amon ». Le cas de Tetisheri renforce la position de la Grande Epouse royale sous la XVIIIe dynastie, préparant en quelque sorte le terrain à des femmes comme Hatshepsut, Grande Epouse royale qui devint roi, ou même Nefertiti, qui semble avoir joué un rôle de première importance durant la période amarnienne.

La momie de la cache royale qui pourrait être celle de Tetisheri.

 

On ne sait que peu de choses de la vie de cette reine, en dehors d'un fragment de papyrus mentionnant une donation faite en son nom en Basse-Egypte et des informations apportées par la stèle monumentale qui lui est dédiée à Abydos.

Le stèle dAbydos, avec la reine sur son trône au centre.

 

En effet, ce fut son petit-fils Ahmosis qui acheva d'expulser les Hyksôs d'Egypte. Il fit ériger en l'honneur de sa grand-mère un cénotaphe dans la nécropole d'Abydos au sein de son propre complexe funéraire. Cette structure de briques crues fut découverte en 1902 et contenait, au bout d'un couloir, une stèle monumentale dédiant  une pyramide et son enceinte à Tetisheri ; la structure de briques crues était ainsi la base d'une pyramide, la dernière pyramide élevée pour une reine en Egypte. On a retrouvé des fragments du pyramidion de calcaire. L'ensemble était entouré d'une enceinte de briques de 70 par 90m, ce qui vient confirmer les dires de la stèle. Le sommet de la stèle porte deux représentations de la reine Tetisheri assise sur un trône, coiffée de la couronne au vautour surmontée de deux grandes plumes ; le roi, de chaque côté, lui rend hommage. Le texte indique aussi que Tetisheri possédait un autre cénotaphe à Abydos, qui n'a pas été localisé, ainsi qu'une tombe à Thèbes. Aucune tombe royale n'a pour l'heure pu être attribuée à Tetisheri à Thèbes ; par contre, l'une des momies découvertes dans le corridor de la cache royale DB320 à Deir el-Bahari  pourrait être la sienne, car des bandelettes portant le nom de la reine y étaient associées. Elle serait morte à l'âge respectable de 70 ans.

La statuette du British Museum.

 

Une statuette de calcaire conservée au British Museum,  acquise par le musée en 1890 et portant une inscription mentionnant Tetisheri, est à présent largement considérée comme un faux.

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